Désertification médicale, selon Mahfoud Aomar « l’Etat n’a pas fait le job »

, Désertification médicale, selon Mahfoud Aomar « l’Etat n’a pas fait le job »

Mahfoud Aomar, le président de l’association des maires de France dans l’Yonne, était l’invité de Ici Auxerre ce jeudi 3 avril. L’association des maires de France dans l’Yonne se réunit à Auxerre en présence du ministre de l’aménagement du territoire, on y parlera évidemment des déserts médicaux.

Ici Auxerre : les députés  ont adopté ce mercredis 3 avril un article visant à réguler l’installation des médecins sur le territoire. C’est une première étape, le projet n’est pas complètement adopté, mais est-ce que selon vous, ça va dans le bon sens ? Tout le monde n’est pas du même avis ?

Mahfoud Aomar : Écoutez, selon moi, ça va dans le bon sens. C’est une mesure, que j’avais demandée avec le président du département il y a plusieurs années. D’ailleurs, on avait été repris par courrier par le syndicat, par l’Ordre des médecins nationales. Mais je trouve que ça va dans le bon sens. Pour moi, c’est une bonne chose. Ça ne va pas crisper les médecins ? Si ! Ça va crisper les médecins parce qu’ils sont contre cette mesure et je peux comprendre parce qu’on peut penser qu’il y a un problème de liberté. Mais si vous voulez, la médecine, c’est un métier qui n’est pas vraiment complètement libéral comme les autres. On paye avec la carte de sécurité sociale, on ne paye pas avec des chèques.  En fait, vous voyez, je pense que l’État n’a pas fait le job depuis des années. Et aujourd’hui, ça revient aux collectivités d’essayer de trouver des médecins, ce qui est complètement anormal, ce qui est vraiment anormal. On savait que, selon l’âge des médecins, on savait qu’on aurait ce problème aujourd’hui. On le sait depuis 30 ans, 40 ans, et rien n’a été fait. Et c’est aujourd’hui qu’on se dit qu’on crie au secours, mais ça aurait dû être fait depuis très longtemps.

Est-ce que pour vous, cette mesure va aussi permettre de limiter cette course à l’échalote qu’on voit de temps en temps entre les communes qui font de la concurrence pour essayer d’attraper le médecin qui passe ?

Non, je pense qu’elle existera toujours et je vais vous expliquer pourquoi, c’est très simple. C’est qu’en France, il y a des endroits où les médecins ne payent pas d’impôts et des endroits où ils payent des impôts. Je vais vous donner un exemple, quelqu’un qui s’installe à Joigny ne paye pas d’impôts, quelqu’un qui s’installe à Migennes paye des impôts, alors qu’il y a 10 kilomètres entre les deux communes. Pourquoi Joigny serait moins doté que Migennes ? C’est tout un calcul de richesse. Je trouve que c’est complètement absurde.

On a entendu  certains reportages diffusés ce jeudi sur Ici Auxerre que si on oblige les gens, ils vont venir avec peut-être le frein à main, sans être vraiment convaincus qu’ils vont faire du bon boulot sur le territoire. ce n’est pas vraiment la solution ?

Oui, complètement, ça peut exister. Et en fait, moi, j’étais pour une solution qui est complètement différente, dont on n’a pas parlé. J’étais pour une solution où on demande, quand les jeunes médecins sortent, de faire deux ans ou trois ans dans un endroit où, justement, on manque de médecins. Et en faisant deux ans ou trois ans dans un endroit où on manque de médecins et ensuite ils vont s’installer où ils veulent, il y a de fortes chances pour qu’en réalité, ils se plaisent à l’endroit où ils sont. C’est ce qui se passe dans d’autres pays, comme le Canada, et ça marche. Mais si vous voulez, en France, sur ce type de solution innovante, on n’est pas très très très à l’aise. ce serait une espèce de service civique durant deux ans ou trois ans dans les zones sous-dotées. Voilà, je pense que ça serait une vraie solution.

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