Politique de la ville : 40 mesures pour 1 609 quartiers prioritaires et ses 6 millions d’habitants

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Accompagné de huit ministres, le Premier ministre était vendredi 6 juin 2025 à Montpellier dans le quartier de la Mosson à l’occasion du Comité interministériel de la ville. Il y a présenté 40 mesures dédiées aux 1 609 QPV, Quartiers prioritaires de la politique de la ville.

François Bayrou en déambulation à la Mosson, à Montpellier, entouré de huit ministres. Le rendez-vous, ajourné à deux reprises en avril puis en mai, était très attendu par de nombreux élus à travers le pays, au point que l’association des maires de France avait communiqué son « inquiétude », parlant même « d’un très mauvais signal ».

Car le Premier ministre, en venant dans ce quartier sensible, ne devait pas seulement visiter le chantier d’une école, couper le ruban du nouveau commissariat mixte ou admirer les rénovations urbaines entreprises par le maire Michaël Delafosse. L’annonce, certes importante, de la création d’un nouveau service des impôts avec 200 emplois à la clé, semblait presque dérisoire au regard du Comité interministériel de la ville (CIV) qui clôturait ces six heures passées au cœur de la Mosson et qui doit donner le cap de l’action que le gouvernement entend mener dans les quartiers les plus défavorisés, dit “prioritaires de la ville” (QPV). On en compte 1 609 à travers le pays, et ceux-ci hébergent 6 millions d’habitants. Il y en a 108 en Occitanie (pour près de 400 000 habitants), région où le taux de pauvreté dans ces quartiers (51 %) est le plus élevé.

« La politique de la ville vise à réduire l’une des manifestations les plus saillantes, les plus insupportables pour la solidarité républicaine, de la fracture territoriale : celle qui sépare les quartiers urbains les plus pauvres du reste du tissu local et national », a énoncé le Premier ministre. Alors, pour afficher « la mobilisation » de son gouvernement, il s’est déplacé avec huit de ses ministres.

Trois priorités

Pour ce troisième Comité depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, après ceux 2021 et de 2023 – juste après les semaines d’émeutes – le locataire de Matignon a affiché trois priorités : « l’épanouissement et l’émancipation des enfants et des jeunes du quartier pour garantir à chacun un accès équitable à l’éducation, à la culture ou au sport »; ; « améliorer le cadre de vie et la sécurité des habitants, englobant l’accès à des services publics de qualité, à un environnement sain, à un logement décent et à une sécurité quotidienne renforcée » ; « la relance économique des quartiers, visant à dynamiser l’emploi local, à favoriser l’entrepreneuriat, à attirer les investissements privés et à développer les compétences de chaque habitant ».

Un autre Himalaya

Un autre Himalaya pour le Premier ministre, dans ces quartiers où 40 % des 16-25 ans sont sans diplôme (contre 14 % en moyenne nationale), où le taux d’emploi n’est que de 44 % (contre 65 % hors QPV), et où se mêlent encore hélas, par le biais d’une minorité, délinquance et séparatisme.

Lors du CIV 2015, le Premier ministre Manuel Valls affichait pourtant son optimisme en présentant ses objectifs, dont ceux de « casser les logiques de ségrégation en matière de politique de logement, à l’école et par la culture » ou de « prévenir les phénomènes de repli et de radicalisation ».

Dix ans plus tard, l’entourage de son prédécesseur évoque pourtant encore l’urgence de freiner un commerce trop communautaire dans beaucoup de ces lieux. « Il faut plus d’hétérogénéité », souffle un conseiller. C’est justement ce que François Bayrou a voulu illustrer à la Mosson.

« Implanter un centre des impôts ici (en 2028, NDLR), c’est permettre que la vie s’enracine dans le quartier, qu’il ne soit pas seulement un lieu où on est enfermé entre concitoyens en difficulté », a-t-il dit à l’issue de deux heures de réunion avec des élus et acteurs de la politique de la ville. À ceux-là, François Bayrou a listé les 40 mesures qui déclinent des trois axes prioritaires. Qu’en retenir ? Pour la jeunesse : la labellisation de 40 nouvelles Cités éducatives, qui vise à « renforcer l’accompagnement éducatif global des enfants et des jeunes » ; le doublement des objectifs de scolarisation des moins de 3 ans et la création de 100 crèches en QPV ; le renforcement de la prise en charge des problématiques de santé mentale des jeunes. Pour la vie quotidienne : inciter à l’entretien des parties communes des immeubles par l’abattement de taxe foncière sur les propriétés privées ; doubler les délégués à la cohésion publique d’ici 2027 ; ouvrir 40 Maisons France Services supplémentaires et proposer 1 000 lieux de stage d’internat en QPV pour des médecins juniors. Pour la réussite économique, enfin : accélérer la création d’entreprises, grâce à un fonds d’investissement de 60 M€ ; attirer les investissements privés par incitations fiscales ; proposer un accompagnement renforcé à 100 000 demandeurs d’emploi des QPV. François Bayrou a dit aussi prolonger des dispositifs lancés en 2023 à l’image du programme Quartiers résilients, pour accompagner la transition écologique de ces vastes habitats.

« Dans le contexte budgétaire contraint qui est le nôtre, nous devons être sélectifs dans les actions que nous menons, nous concentrer sur celles qui ont fait leurs preuves et les amplifier », a-t-il précisé. C’est invariablement là que le bât blesse. En 2025, le budget de la politique de la ville s’élevait à 609,6 M€, mais 15 M€ viennent d’être annulés par décret tandis que 26,5 M€ ont été gelés, ainsi que l’a rappelé l’association des maires de France. Des élus ont aussi dénoncé le manque d’ambition de ce plan, à commencer par la députée LFI de la circonscription, Nathalie Oziol, qui a même boudé la visite. Les habitants de la Mosson n’étaient pas très nombreux, non plus, pour accueillir les représentants du gouvernement. Pour la plupart, c’était jour de fête, mais pour célébrer l’Aïd-el-Kébir.

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