
« Vous êtes le cœur battant de la République », a lancé David Lappartient, président du Département. Après lui, Loïg Chesnais-Girard, son homologue de la Région, a renchéri : « Vous avez, quelque part, le visage de la France ». Oui, mais pas « à portée de baffes », a demandé le sénateur socialiste du Morbihan Simon Uzenat, inquiet de voir cette expression s’installer, avec le risque d’être prise au premier degré.
« Si on fonctionnait comme ça, ce serait la guerre »
Dans les rangs des 249 maires du Morbihan, certains confirment : le spectacle politique donné au niveau national rejaillit sur eux. « Chez nous, ça a commencé cet été : des graffitis de plus en plus nominatifs, sur lesquels je ne m’interdis pas de porter plainte officiellement, note ainsi Boris Lemaire, maire de Questembert, 5 000 habitants. Comme on fait n’importe quoi à certains étages, une minorité exprime son mécontentement politique de manière plus forte qu’avant. Ça me pose souci. »
Il y a aussi les maires qui refusent de commenter. « C’est trop politique pour moi », élude la maire de Surzur, Noëlle Chenot. « Ce n’est pas mon sujet. Si nous, on fonctionnait comme ça, ce serait la guerre. Une salle polyvalente n’est ni de gauche ni de droite », abonde Benoît Rolland, maire de Moustoir-Ac et président de Centre Morbihan Communauté.
« Flou absolu sur le budget national »
À Plougoumelen, 2 600 habitants, Lena Berthelot a dû mettre entre parenthèses son projet de restaurant municipal, « parce qu’on n’est plus en capacité d’emprunter. Du fait du marasme national, les taux d’emprunt sont à la hausse ». « On subit tellement la confusion entre le national et le local qu’on se demande à quoi on sert dans tout ça, poursuit-elle. Comment peut-on faire en sorte que les projets avancent, quand il y a un flou absolu sur le budget national ? »
Comme beaucoup de maires sortants, elle s’engage dans une campagne où les promesses sont impossibles. « Le budget national sera sûrement adopté en retard, en début d’année. On sera obligé d’adopter le budget communal après les élections prévues en mars, courant avril. Il va falloir jouer cette campagne avec beaucoup de prudence », pointe Fabrice Vély, maire de Caudan.
« Il y a encore de la vitalité civique locale »
« Après, tout n’est pas financier, tempère Benoît Rolland. L’action du maire, c’est aussi accompagner les gens, passer voir une petite mamie, avoir de la considération pour la vie associative. » Lors du congrès, le président de l’Association des maires de France, David Lisnard, a fait état de 42 démissions de maires par mois, « quatre fois plus qu’il y a 20 ans ». Mais il croit « qu’il y a encore de la vitalité civique locale. S’il y a une crise de représentation (aux municipales, NDLR), (…) elle ne viendra pas tant du blocage national actuel, mais surtout d’un système qui est devenu beaucoup plus lourd, avec un manque de confiance où n’importe quelle action nécessite une multitude d’autorisations préalables là où devraient prévaloir la liberté d’action et un contrôle a posteriori de l’État ».
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