
Les maires font vivre nos villages envers et contre tout. Jean-Louis Périchon, président des maires ruraux de l’Allier, raconte leur courage, leurs colères et leurs espoirs.
Président des maires ruraux de l’Allier et maire de Montaigu-le-Blin, petit village d’à peine plus de 300 habitants, Jean-Louis Périchon incarne une génération d’élus de terrain : exigeants, fatigués parfois, mais habités par un profond sens du service public. Il nous livre une analyse lucide et sans détour de la situation des communes rurales, de leurs forces comme de leurs fragilités.
Une voix enracinée dans la ruralité bourbonnaise
À 75 ans, Jean-Louis Périchon ne joue ni les tribuns ni les technocrates. Il parle simplement, avec le poids de l’expérience et la précision d’un homme de dossiers. Depuis quatre ans, il préside l’Association des maires ruraux de l’Allier (AMR 03), forte de près de 200 adhérents sur les 317 communes du département. ” Notre rôle, c’est d’être la voix du terrain, de ceux qui n’ont pas toujours les moyens d’être entendus “, résume-t-il.
Créée en 1971, l’Association des maires ruraux de France (AMRF), dont fait partie l’AMR 03, représente les communes de moins de 3 500 habitants. Présente dans 87 départements, elle fédère aujourd’hui plus de 13 500 maires à travers le pays. L’AMRF défend la place et les moyens des communes rurales, soutient leurs élus, favorise la formation et le partage d’expériences. Elle dialogue régulièrement avec l’État et le Parlement à travers le Parlement rural de France, un espace d’échanges entre élus, citoyens et acteurs du territoire.
Défendre les maires ruraux
Sa mission : défendre les élus ruraux, simplifier leurs démarches et maintenir un lien permanent entre eux. ” Nous travaillons en complémentarité avec l’AMF (Association des Maires de France). Les problématiques d’un village de 300 habitants ne sont pas celles d’une ville de 30 000. “
Sous sa présidence, l’association multiplie les rencontres locales, les échanges avec la préfecture, les formations et les consultations dans le cadre du Parlement français, une instance de dialogue lancée par l’AMRF pour rapprocher élus, acteurs économiques et citoyens autour des enjeux de la ruralité. ” C’est un lieu d’échange et de co-construction, explique-t-il. On y parle école, santé, logement, agriculture. Tout ce qui fonde la vie des territoires. “
“Le statut de l’élu, c’est la clé de tout”
S’il ne devait retenir qu’un combat, ce serait celui-là : la reconnaissance du statut du maire. ” On parle souvent d’argent, mais le statut, c’est autre chose : c’est la protection, la formation, la compatibilité avec la vie professionnelle et le droit à une retraite digne. ” Il décrit des situations ubuesques : “ Une maire en congé maternité perd son indemnité, un maire en arrêt maladie n’a plus le droit de signer un document. On veut simplement un cadre clair et équitable. ” Pour lui, le problème n’est pas seulement juridique, mais démocratique : “ Comment attirer de nouveaux élus si le mandat est vécu comme un risque personnel ? ” Et l’inquiétude est réelle : près d’un maire sur deux envisage de ne pas se représenter en 2026. ” Il y a de la lassitude. Trop de normes, trop de contrôles, pas assez d’écoute. Beaucoup se sentent seuls. ” Pourtant, il garde confiance : ” Être maire reste un honneur. Quand un projet aboutit, quand une école revit, c’est une joie qu’aucune autre fonction ne donne. “
Intercommunalités : “On a perdu la proximité, il faut la reconstruire”
Depuis la loi NOTRe (loi sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République), qui a redessiné la carte des intercommunalités en 2017, les territoires ruraux peinent à retrouver leur équilibre. “ L’intercommunalité devait mutualiser les moyens, pas éloigner les décisions “, tranche Jean-Louis Périchon. Il dénonce des communautés de communes devenues trop vastes et trop technocratiques : ” Quand vous avez 60 délégués autour d’une table et 30 délibérations à voter, qui peut encore débattre ? ” Son idée est claire: “Une commune, une voix.” “ L’égalité démocratique doit s’appliquer partout. Sinon, les petites communes décrochent et les habitants se sentent oubliés. ” Pour autant, il reconnaît que certaines coopérations fonctionnent bien : “ Sur l’eau, les déchets ou l’énergie, la mutualisation est utile. Mais il faut arrêter de casser ce qui marche au nom de la réforme permanente. Une intercommunalité doit être choisie pas subie. “
École, sécurité, fiscalité : trois urgences pour les maires ruraux
Lors de la dernière assemblée générale de l’AMR 03, les échanges ont été nourris. ” L’école en milieu rural a cristallisé les débats. Chaque fermeture de classe est une blessure. On ne peut pas reconstruire un territoire en supprimant ce qui le fait vivre. ” Autre sujet brûlant : la sécurité. ” Le préfet a rappelé la hausse des atteintes aux biens et aux personnes, y compris en milieu rural. Les maires veulent agir, mais les moyens manquent. ” Enfin, la question de la fiscalité locale revient avec insistance. Jean-Louis Périchon ne mâche pas ses mots : ” La suppression de la taxe d’habitation a été une erreur majeure. Elle a rompu le lien fiscal entre les citoyens et leur commune. ” Pour lui, ce lien est essentiel à la démocratie locale : ” Quand un habitant paie un impôt local, il comprend que l’argent sert à sa commune. Aujourd’hui, tout passe par l’État, et l’on ne sait plus qui finance quoi. ” Il plaide pour une refonte : ” Il faut un impôt local, clair, équitable, que chacun paie selon ses moyens. C’est le seul moyen de redonner de la responsabilité à la fois aux élus et aux citoyens. “
La force de la ruralité
Malgré les difficultés, Jean-Louis Périchon reste profondément optimiste. Il croit au collectif, à la solidarité des élus, à la force tranquille de la ruralité. “ La République vit dans ses communes. C’est là qu’on apprend la citoyenneté, la confiance, la proximité. ” Avant de passer le relais, il veut consolider les liens entre maires, services de l’État et parlementaires : ” Nous devons sortir de la méfiance. Jouer collectif, c’est vital. C’est ce qu’on attend aussi à l’Assemblée nationale : qu’on arrête de s’affronter sur des détails, et qu’on travaille ensemble pour l’essentiel. ” Et de conclure : ” Nos villages ne demandent pas des privilèges. Ils demandent juste du respect et les moyens d’exister. Tant qu’on ne leur donnera pas ça, la démocratie restera bancale. “
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Nous sommes ravis de vous partager cet article sur la formation des élus. Face aux exigences croissantes de la gestion publique, il est essentiel que les élus disposent des connaissances et des compétences adaptées à leur mandat. C’est la mission de formation-des-elus.cdcl.fr, une association créée et dirigée par des élus, pour les élus. Nous proposons des formations conçues pour répondre aux réalités du terrain, animées par des experts de référence, afin d’accompagner les élus dans l’exercice de leurs responsabilités et l’amélioration de l’action publique.
