Les maires sont attendus sur des résultats concrets plus que sur des promesses. Dans un contexte de contraintes budgétaires, climatiques et réglementaires, l’enjeu central n’est plus de multiplier les projets, mais de garantir leur qualité d’exécution. Cette exigence impose de repenser la commande publique et de renforcer les coopérations locales pour assurer des réalisations efficaces, adaptées et durables au service des territoires.
Par Magali Cottave, Présidente de la Fédération Cinov (*)
« Être maire est sans doute le plus beau des mandats, parce que c’est celui de la proximité, de l’action de terrain, des réalisations concrètes », rappelle Eddy Penven, maire de Ploubezre, à l’occasion de son élection.
Dans sa première interview en tant que maire de Paris, Emmanuel Grégoire précisait : « Ma priorité sera la proximité. On va bien sûr poursuivre les grands chantiers de transformation de la ville, de son adaptation au changement climatique… Mais je suis aussi attendu sur la qualité d’exécution ».
Qu’ils administrent une commune de 900 ou 2 millions d’habitants, tous les maires partagent la même exigence : obtenir des résultats visibles, concrets, utiles. Le mandat qui s’ouvre ne sera pas celui des intentions : il doit être celui de l’exécution.
C’est précisément là que se situe le véritable enjeu des années à venir. La question n’est plus seulement que faire ? Elle est devenue : comment bien le faire ? avec quels moyens ? et surtout avec qui ?
Les contraintes, elles, n’ont jamais été aussi fortes : inflation normative, tension budgétaire, urgence climatique, transformation numérique. Dans ce contexte, la capacité des collectivités à délivrer rapidement des projets de qualité dépend moins de leur ambition politique que de leur capacité à mobiliser les bonnes compétences.
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Passer d’une logique de volume à une logique de robustesse
Le débat public local a longtemps valorisé le nombre de projets, le montant des investissements, la taille des programmes. Cette logique quantitative atteint aujourd’hui ses limites.
Ce qui fera la différence demain, ce n’est pas faire plus. C’est faire mieux. Mieux conçu, mieux exécuté, mieux adapté aux réalités locales et parfois avec moins de moyens. Et pour cela, les collectivités ne peuvent pas tout faire seules.
Les TPE et PME de l’ingénierie et du conseil, implantées dans les territoires, constituent un levier décisif. Elles apportent une expertise opérationnelle, une connaissance fine du terrain et une capacité d’adaptation que les approches standardisées ne permettent pas. Faire appel à elles, ce n’est pas externaliser l’action publique. C’est en améliorer la qualité. C’est se donner les moyens de livrer des projets qui tiennent leurs promesses. Encore faut-il que les conditions de cette coopération soient réunies.
Trois conditions simples pour réussir cette alliance
Pour transformer le partenariat d’un simple discours en réalité tangible, trois leviers immédiats existent. Ils ne nécessitent ni loi nouvelle, ni budget supplémentaire – seulement des choix politiques clairs.
D’abord, ouvrir réellement la commande publique aux TPE-PME locales. Allotir les marchés, les rendre accessibles, éviter les procédures calibrées pour les seuls grands acteurs : c’est la condition pour mobiliser toute la richesse économique des territoires.
Ensuite, choisir le mieux-disant plutôt que le moins-disant. Le prix ne peut pas être l’unique boussole. La qualité technique, la pertinence des solutions – y compris les plus sobres et les plus éco-responsables – et la capacité d’exécution doivent redevenir des critères centraux.
Enfin, respecter strictement les délais de paiement. Payer à l’heure n’est pas un détail administratif : c’est une condition de survie pour de nombreuses entreprises locales, et donc une condition de réussite des projets publics. Rappelons-le, c’est également une condition non négociable du tissu privé vis-à-vis des partenaires publics.
Ces trois principes dessinent une ligne claire : remettre la qualité au cœur de la commande publique.
Un choix politique structurant
À l’heure où des milliers de projets doivent être engagés partout en France, les collectivités sont face à un choix stratégique : continuer à empiler des projets, au risque d’en fragiliser l’exécution ou assumer une autre voie, celle de la qualité, de la proximité économique et d’une coopération exigeante avec les acteurs locaux.
Le mandat qui s’ouvre ne sera pas jugé sur le volume des investissements engagés, ni sur la qualité des promesses formulées. Il le sera sur ce qui aura réellement été livré aux habitants, et sur la manière dont cela aura été fait. C’est pourquoi la commande publique locale – ce que l’on en attend et à qui on la confie – est un sujet politique de premier ordre.
C’est là que tout se joue : non pas seulement dans les projets que l’on annonce, mais dans les partenaires que l’on choisit pour les réaliser et la confiance que l’on crée durablement.
(*) Magali Cottave, Présidente de la Fédération Cinov, organisation patronale représentative de la branche Betic – ingénierie, conseil et numérique. Adhérente de Cinov Ingénierie depuis 2014, elle a successivement occupé les fonctions de Vice-Présidente fédérale en charge de la Communication (2019-2022) et Vice-Présidente fédérale en charge de la Marque et de l’Intelligence collective (2022-2025). Après avoir été élue Présidente désignée de la Fédération Cinov le 30 mai 2024, Magali Cottave a pris son mandat de Présidente le 5 juin 2025.
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