Municipales 2026 : « Ceux qui s’attaquent au fait majoritaire sont des ennemis de la démocratie »

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Dimanche 22 mars, alors que la France venait de renouveler ses conseils municipaux dans les 34 875 communes de France – une démocratie locale sans pareille en Europe – une poignée d’individus a fait honte au pays tout entier. Au Blanc-Mesnil, à Creil, à Mantes-la-Jolie, à Vaulx-en-Velin, les maires sortants, de toutes tendances politiques, ont été insultés, menacés, pourchassés, parfois même leurs enfants aussi, à l’annonce des résultats, par les soutiens des vainqueurs, quasi toujours d’extrême gauche. Le simple fait que des maires sortants aient dû quitter la mairie sous escorte policière en dit long sur le climat qui règne dans leur commune.

Ceux qui ont fait honte à la France ce soir-là provoquent un chaos inacceptable, tout en se disant victimes pour justifier leurs pires comportements. Ceci devrait entraîner une condamnation de la part de tous les responsables politiques, y compris des vainqueurs de l’élection en question et des dirigeants de leur parti. Leur silence est indigne de notre démocratie.

La violence est devenue presque ordinaire dans la vie publique locale

À tous ces maires sortants, nous devons au contraire dire notre soutien. Que vaut une démocratie si on ne peut s’engager sans craindre pour soi ou pour ses proches ? Les 500 000 maires et conseillers municipaux sont des habitants parmi les habitants, des artisans, des agriculteurs, des enseignants, des infirmiers, qui ont choisi de servir leur ville, bénévolement pour la plupart, souvent au détriment de leur vie personnelle, en plus de leur vie professionnelle. Ils sont les premiers interlocuteurs des Français dans les moments de difficulté, et en première ligne lors des crises. Ils méritent tout notre respect.

Pourtant, dans cette seule campagne municipale, des maires et des candidats ont reçu des menaces de mort, ont été pris à partie physiquement lors de tractages, leurs permanences ont été taguées. Un colistier a même été poignardé ! La violence – physique, verbale, numérique – dans la vie publique locale semble devenue presque ordinaire.

65 % des maires déclarent avoir été victimes d’incivilités

L’enquête conduite par l’Association des maires de France (AMF) et le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) en octobre 2025 l’a démontré : 65 % des maires déclarent avoir été victimes d’incivilités – 12 points de plus qu’en 2020 –, 36 % subir des injures ou des insultes, 28 % être attaqués ou menacés sur les réseaux sociaux. Et près de 12 % reconnaissent que leurs proches ont subi des comportements violents. Au total, les démissions de maires sur la précédente mandature ont atteint le nombre record de plus de 40 par mois.

Ce qui s’est passé dimanche 22 mars n’est pas juste un fait de plus : un pas a été franchi dans l’atteinte à notre démocratie. Celle-ci repose, entre autres, sur un principe fondamental assorti d’une promesse : la majorité l’emporte et la minorité l’accepte, avec l’assurance que l’alternance est possible à l’occasion d’une nouvelle élection dans un délai raisonnable. Ceux qui s’attaquent au fait majoritaire sont des ennemis de la démocratie. Et réciproquement, être majoritaire n’impose que des devoirs, notamment celui de respecter les minoritaires.

Retrouver de la dignité

L’indignation face aux atteintes envers les élus est indispensable mais ne résoudra rien à elle seule. Depuis des années, à l’AMF, nous aidons les maires victimes de violences et de menaces. Avec une équipe dédiée, avec des formations en lien avec le Raid et le GIGN, avec des propositions concrètes pour faire cesser l’impunité.

Et cela a produit quelques résultats : prise de conscience collective et mise en place d’outils pour objectiver la menace, renforcement des sanctions pénales. Pour que ces mesures ne restent pas lettre morte, il faut une sanction effective, immédiate, systématique.

Cela n’est possible qu’en retrouvant un État efficace, qui concentre ses ressources sur ses missions fondamentales, à commencer par la sécurité et la justice. Que l’État condamne pénalement les agresseurs, qu’il se recentre sur ses fonctions régaliennes, et qu’il laisse les collectivités libres de faire le reste. Ce sera le meilleur remède à l’impuissance publique, à la crise civique, aux extrémismes, pour retrouver de la liberté, de l’ordre, et surtout, de la dignité.

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