
Dans une tribune publiée par Ouest-France, l’association des maires ruraux de France (AMRF) et celle des petites villes de France (APVF) dénoncent « l’imposture poujadiste » du mouvement lancé par l’écrivain, initialement pour lutter contre les zones à faibles émissions. C’est son nouveau combat contre le développement de parcs éoliens qui a suscité cette réaction. Alexandre Jardin dit se sentir « trahi », mais annonce la structuration des « Gueux ».
« Nous refusons la confiscation de notre parole ». Dans une longue tribune dévoilée par nos confrères de Ouest-France, Michel Fournier, président de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), Fanny Lacroix, en charge de la transition écologique à l’AMRF, et Christophe Bouillon, président de l’Association des Petites Villes de France (APVF), attaquent frontalement l’écrivain Alexandre Jardin et le mouvement des #Gueux qu’il a créé en début d’année pour combattre les zones à faibles émissions.
« Les mots utilisés ne sont pas neutres. Les ‘gueux’, et pourquoi pas les ‘ploucs’ ou encore les ‘pedzouilles’ ? Ils ne sont pas une revendication mais une caricature. Même maniés avec humour ou provocation, ces termes réduisent la parole populaire à une posture victimaire ou folklorique. Ils n’élèvent rien : ils enferment », entament les trois représentants des associations d’élus.
« Un cliché poussiéreux »
Si ceux-ci expriment leur colère et estiment nécessaire de « reprendre la parole, de porter haut la voix de celles et ceux qui, chaque jour, sans bruit ni fureur, bâtissent l’avenir de la République », c’est notamment parce que l’écrivain, lors de ses interventions dans les médias ou sur les réseaux sociaux, s’érige régulièrement en défenseur des campagnes face aux décisions d’une « élite déconnectée ». « Une tentative de récupération outrancière, illégitime et dangereuse », rétorquent Michel Fournier, Fanny Lacroix et Christophe Bouillon. « Ces discours n’ont rien d’un cri de terrain. Ils sont une mise en scène. Une récupération. Des paroles solitaires qui ne s’appuient sur aucun mandat, aucune délibération, aucune légitimité issue du suffrage ou du travail collectif […] Qui, parmi les maires que nous sommes, parmi les habitants que nous côtoyons chaque jour, se reconnaît dans cette mise en scène condescendante ou moqueuse ? Qui accepterait d’être ramené à un cliché poussiéreux pour servir un récit personnel ou médiatique ? », poursuivent-ils. Les élus écrivent encore rejeter « le récit toxique d’une polarisation simpliste entre villes et campagnes. Ce clivage entretenu par certains nie les interdépendances qui nous relient ».
Si le ton monte aujourd’hui, c’est parce que le mouvement des #Gueux, derrière Alexandre Jardin, s’est trouvé un nouveau combat, en dénonçant la politique de développement de parcs éoliens. « Un choix qui se fera sentir soit sur l’impôt, soit sur la facture énergétique des Français », argue l’écrivain.
« L’écologie du réel »
« Nous n’en pouvons plus des ‘y a qu’à, faut qu’on’ lancés depuis des plateaux ou des tribunes par des gens qui ne connaissent ni nos réalités, ni nos contraintes […] L’écologie doit être juste, ancrée dans les territoires, humaine et portée par celles et ceux qui la font vivre. Et qui mieux que le monde rural, au plus près du vivant, des ressources et des contraintes, pour incarner cette écologie du réel ? Nous refusons que notre attachement à la terre, au vivant, à la proximité soit instrumentalisé pour opposer la ruralité à l’écologie. Cette opposition nie ce que nous voyons et ce que nous faisons depuis de nombreuses années en faveur de la transition écologique », taclent les représentants des associations d’élus ruraux et des maires des petites villes.
Toujours dans Ouest-France, Alexandre Jardin dit se sentir « trahi ». « Je me bats pour les maires ruraux », affirme-t-il auprès de nos confrères, voyant dans cette prise de parole « une collusion » entre les maires ruraux et l’industrie des éoliennes. L’AMRF, lors de son congrès national, a officiellement exprimé son souhait de « favoriser le développement des énergies renouvelables et permettre d’avantage de retombées sociales et économiques positives pour les territoires ruraux« .
Une association le 14 juillet
Alexandre Jardin propose donc, en réaction « un débat sur le fond ». « C’est scandaleux de recourir à l’injure plutôt qu’au débat ». Il en profite pour annoncer la structuration de son mouvement en association « à partir du 14 juillet, à la demande des gens qui écrivent sur les réseaux sociaux ». L’écrivain assure qu’il n’y a « pas de but électoral » dans sa démarche, mais « un vrai but politique ». Une position que n’apprécient pas les associations des Maires Ruraux de France (AMRF) et des Petites Villes de France qui n’y voient qu’une « imposture populiste ».
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