
Le froid qui s’est immiscé sous la serre d’Alex Galametz, ce matin de janvier, n’empêche pas salades et choux kale de pousser. Ni quelques candidats aux élections municipales de s’organiser une matinée de discussions, dans un ovale de chaises. Maraîcher à Saint-Andiol, dans le nord des Bouches-du-Rhône, Alex a prévu du café brûlant, des poires bien sucrées.
Il s’est installé ici il y a trois ans, profitant d’un bail de fermage proposé par l’association Terre de Liens. Un mouvement citoyen créé en 2003 dont l’objectif est de « préserver les terres agricoles, indique Catherine Dornay, l’une des bénévoles. Un autre modèle est possible que celui, productiviste qui nous conduit dans le mur. Grâce à nos 35 000 donateurs, on a pu acheter 440 fermes en vingt ans, dont 36 dans la région. On y installe un exploitant pour neuf ans, on privilégie une agriculture nourricière et bio. Et les circuits courts« .
Sous la serre, Terre de Liens a installé des kakémonos et une urne pour symboliser la municipale qui approche. Le « tous en campagne » écrit dessus est une invitation à la solidarité plus qu’à la compétition. Il s’agit d’offrir des clés aux aspirants en mairie. De leur donner des solutions pour maintenir l’agriculture dans les communes, alors que la région a perdu 50% de sa surface agricole depuis 1970 et que le prix du foncier, estimé à 12 230 euros l’hectare, est deux fois plus élevé que la moyenne nationale.
« On peut faire plein de trucs à l’échelle communale »
Pour Alex qui vend « une salade 64 centimes, alors qu’elle me coûte 56« , l’équilibre est précaire. « Pendant longtemps, on n’a pas protégé les terres agricoles et ceux qui en vivent, résume Lionel Martin, membre de l’association. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés, c’est très compliqué. Pourtant, il y a des leviers pour les aider. On peut faire plein de trucs à l’échelle communale. »
Alors que Jacques Allemand, conseiller municipal au Paradou, explique comment sa commune a créé une « zone à protéger » pour les terres, mais que se pose le problème du logement pour les paysans ou qu’Hervé Plisson, candidat à Bouc-Bel-Air, s’inquiète de la construction d’un lotissement malgré les recours, des solutions s’invitent. « Un élu pèse sur ces enjeux grâce au plan local d’urbanisme, mais aussi en imposant du bio et des circuits courts dans les cantines« , souligne Lionel Martin.
Il peut aussi mettre à disposition des locaux pour des marchés paysans ou des ateliers, décliner une sécurité sociale alimentaire locale ou agir sur les zones de captage de l’eau. « Des choix politiques qui accompagnent des enjeux de santé publique« , résume Audrey Touron candidate à Eyguières. Et qui peuvent aussi faire baisser certains coûts pour les communes. Tout, sauf négligeable.
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