
Au terme de plusieurs semaines de campagne électorale, la France achève le renouvellement de l’ensemble de ses conseils municipaux. Dans 1 719 communes appelées au second tour, les électeurs désigneront leurs représentants pour les six, voire sept, prochaines années. Près de 500 000 conseillers municipaux siégeront dans les semaines à venir dans les mairies de France — dont une proportion significative de primo-élus, accédant pour la première fois à des fonctions exécutives ou délibérantes.
Si les Français ont majoritairement confiance dans leur maire et le conseil municipal, selon le dernier baromètre de la confiance politique du Cevipof, les élections municipales de 2026 confirment le peu d’engouement suscité par les scrutins électoraux, avec une abstention record à 43% au niveau national. Dans 68 % des communes, une seule liste s’est présentée, faute notamment de candidats. Pour redonner de la valeur à cet engagement essentiel dans la vie locale et en lever les freins, la question de la formation des élus doit être posée sans détour.
Un maire de commune rurale cumule des responsabilités nombreuses, importantes et complexes : gestion budgétaire, urbanisme, marchés publics, ressources humaines, prévention des risques, déontologie, relation aux administrés. Dans les petites communes, qui représentent l’immense majorité du territoire, les élus sont souvent en première ligne, faute d’agents en nombre suffisant pour appuyer les dossiers. Lors de leur prise de fonction, les élus doivent donc être accompagnés et informés, particulièrement dans les communes qui ne peuvent s’appuyer sur des services techniques robustes.
Les chiffres parlent d’eux-même : un rapport de l’Inspection générale de l’administration révélait en 2018 que 62 % des communes n’avaient inscrit aucune dépense de formation des élus dans leurs comptes — en dépit d’une obligation légale fixant un plancher à 2 % du montant théorique des indemnités de fonction. Surtout, l’IGA note que la dépense de formation s’avère d’autant plus élevée que la collectivité est grande et dotée de services étoffés. Un comble. Pour que la formation des élus soit un droit réellement exercé par les premiers concernés, il faut lui conférer une place centrale.
L’adoption en décembre dernier de la loi portant création d’un statut de l’élu local constitue une avancée réelle. Elle porte notamment le congé de formation de 18 à 24 jours par mandat et crée, dans les six premiers mois suivant l’élection, une session obligatoire d’information sur les fonctions d’élu local.
Mais d’autres mesures doivent être envisagées. Cela passe d’abord par une information claire aux élus locaux et à une incitation plus forte à se saisir des outils existants. Le coût pour le contribuable de la formation des élus est à mettre en regard avec les coûts d’une gouvernance locale défaillante, provoquant elle-même un “coût démocratique” lié à l’insatisfaction des citoyens. D’autre part, il est impératif de lever les barrières à la formation des élus en l’adaptant aux contraintes qui pèsent sur eux.
Alors que la moyenne d’âge des maires est autour de 60 ans, la question de la mobilité vers un lieu de formation loin de la commune peut représenter un frein majeur. Enfin, tout comme il s’est imposé auprès des salariés, le Compte Personnel de Formation doit devenir demain un outil central de la montée en compétences des élus. Son taux de recours reste encore marginal, faute d’information, de temps et d’ingénierie d’accompagnement.
Former nos élus, c’est avant tout leur signifier que leur engagement mérite d’être soutenu et accompagné. À l’heure où la défiance envers le politique progresse et où les vocations se raréfient, il est du devoir de la République de donner les moyens de bien faire à ceux qui continuent de s’engager.
(*) Corentin Dattin, consultant senior au sein de CHEFCAB, cabinet de conseil spécialisé dans les champs de l’emploi et de la formation
Nous sommes heureux de vous relayer cet article sur la formation des élus. Parce que l’exercice d’un mandat nécessite des compétences variées et en constante évolution, la formation des élus est un enjeu essentiel pour une action publique efficace. L’organisme formation-des-elus.cdcl.fr, créé et géré par des élus au service des élus, propose des formations adaptées aux réalités du terrain. En tant qu’association, notre mission est d’accompagner les élus en leur offrant des contenus de qualité, dispensés par les meilleurs experts, afin de leur permettre d’exercer leurs responsabilités avec assurance et compétence.
