
« Le pays est dans une situation très préoccupante« . Face à la presse ce vendredi 9 octobre, Michaël Delafosse n’a pas caché son inquiétude quant à l’état de la France tandis que le deuxième mandat d’Emmanuel Macron s’achève. Bien que dressant un triste et accablant bilan dont il tient responsable les gouvernements successifs, le maire et président de la Métropole de Montpellier plaide pour les collectivités et appelle les élus locaux à un volontarisme « churchillien« .
Le constat
Le constat posé par Michaël Delafosse est net et sans appel en décrivant « un pays fragilisé sur ses fondamentaux financiers et qui ne semble plus piloté« . L’actualité le démontre avec les manifestations lycéennes qu’il dit « soutenir et comprendre« . S’il regrette les « dégradations inacceptables« , en tant qu’enseignant, parent et ancien syndicaliste étudiant, ce dernier fustige : « La jeunesse doit être écoutée. Ils disent qu’ils veulent un meilleur service public d’éducation or il n’y a jamais eu une réponse aussi violente. Ce pouvoir n’a pas eu un mot pour les lycéens qui ont perdu un oeil ou une main. L’IGPN fait une enquête mais cela n’empêche pas de dire que c’est grave ce qui est arrivé. Évidemment il faut des forces de sécurité pour protéger des casseurs mais leur rôle est de garantir une des libertés qu’est la liberté d’expression« . Après une rencontre jeudi avec des lycéens, il relate ainsi de leur part « une perte de confiance unanime à l’égard de la police« .
Bien évidemment la question du pouvoir d’achat illustrée par le prix de l’essence qui montre selon l’édile « un état très fragile comme jamais« , en regrettant dans ce contexte une légèreté au niveau de l’administration étatique vis-à-vis des collectivités locales : « On ne sait plus qui est ministre de quoi, on a du mal à avoir des interlocuteurs pour le suivi des dossiers et cela rend tout très difficile« . Et s’il juge « la situation budgétaire de notre pays extrêmement inquiétante« , pointant « une dette pour palier un déficit de fonctionnement et non pour réaliser de l’investissement comme le font les collectivités« , Michaël Delafosse ne cache pas sa colère quant à la contribution au redressement annoncée par le gouvernement qu’il voit comme une baisse des dotations déguisées. 27M€ pour la métropole de Montpellier, 35M€ pour la métropole de Toulouse ou 40M€ pour la métropole de Bordeaux prédit France Urbaine via un simulateur en ligne. « L’État appelle très durement les collectivités au redressement de ses propres comptes. Cela aura un impact important sur les collectivités territoriales » prophétise Michaël Delafosse en expliquant : « Le gouvernement se tire une balle dans le pied. Les collectivités font l’investissement public donc elles soutiennent l’emploi et la dynamique économique du pays. En tapant sur les collectivités, ils tapent sur ceux qui génèrent de la croissance pour le pays«
Ses priorités
« On doit évoluer dans ce contexte » souffle l’édile, « Alors on peut se lamenter, pleurer ou être churchillien. Je le dis avec force aux équipes, c’est dur mais on va tenir, on va s’adapter« . Tout d’abord en plaçant le développement économique, la création d’emplois et de richesses en « priorité majeure » de son deuxième mandat. « Si le pays décline, nous il faut nous battre contre ça« . Pour y parvenir, il évoque le renforcement des liens avec le Canada avec un voyage prochain à Québec et Montréal, les 350 hectares de foncier consacrés à l’installation d’entreprises dans le PLUI, le soutien à des filières fortes à Montpellier en citant les ICC, le numérique, la santé, les énergies renouvelables… En ayant également visé dans sa campagne la création de 30 000 emplois dans la métropole. « Plus que jamais il faut avoir cet objectif » soutient-il en ambitionnant de « devenir le territoire le plus rapide dans l’implantation d’entreprises » tout en accompagnant les entreprises existantes dans leur croissance.
Autre priorité, le logement. « En tant que maire de Montpellier, je considère que cette question est essentielle car elle érode fortement le pouvoir d’achat. Nous sommes un territoire qui protège et nous allons travailler tout ce que nous avons pour agir », souligne-t-il en mettant en avant l’Office foncier solidaire et l’objectif de produire 4 000 logements pour une accession à la propriété via le BRS, la création de quatre résidences sociales seniors, la volonté de plus de logements étudiants aidés en lien avec Altémed et le CROUS ou encore la poursuite de la rénovation urbaine à l’instar de la Mosson. La création, en plus des sept déjà existantes ayant permis de sortir 200 personnes de la rue, de sept nouvelles pensions de famille.
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Tandis que le dispositif d’encadrement des loyers arrive à son terme le 23 novembre 2026, avec l’AMF et d’autres maires qui l’ont mis en place dans leur commune de manière expérimentale, Michaël Delafosse entend le défendre. « Il faut arrêter que ce gouvernement tue les bonnes volontés. Il faut simplement un décret pour poursuivre cette expérimentation qui protège le pouvoir d’achat de la France qui travaille et qui a du mal à se loger. Ce gouvernement a été pyromane de la politique du logement. Ils l’ont détruite« , fustige-t-il en ciblant notamment Bruno Le Maire coupable d’avoir supprimer la loi Pinel. Et de soumettre au débat national l’idée d’accompagner les jeunes primo-accédants par une défiscalisation en appuyant : « Dire churchillien, c’est montrer l’adversité des décideurs publics face à la crise du pouvoir d’achat, c’est comment on aide sur la question du logement comme on a aidé sur la question des transports« .
Une métropole résiliente
Troisième priorité, en lien avec le changement climatique, la vulnérabilité de la métropole face aux risques méditerranéens, aux incendies et les canicules. « Montpellier est la ville qui s’est le plus adaptée, qui est la plus résiliente » souligne Michaël Delafosse en listant les différents aménagements permettant d’éviter des crues et des dégâts plus importants. « On maitrise bien le risque et on s’adapte, il faut continuer à investir« . À l’instar du soutien financier au SDIS34, en souhaitant « un financement accru des pompiers de la part de l’État« , avec en perspective la rénovation de la caserne de Castries et le projet d’une nouvelle à Montferrier-sur-Lez.
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Quant au risque canicule, « il y a un avant et un après été 2026 » tonne-t-il en annonçant un travail conduit jusqu’à fin novembre pour lister les différents lieux de fraîcheur, comme l’est devenue l’esplanade Charles-de-Gaulle, et trouver dans chaque quartier un lieu « refuge climatique » pour y chercher de la fraîcheur. L’édile entend également poursuivre la désimperméabilisation de la ville ou encore l’adaptation des écoles au changement climatique avec le recours à la climatisation pour les plus critiques. « On ne pourra pas tout faire sur une année mais on va construire cette stratégie« , précise-t-il.
Montpellier, un territoire de résistance
Arrivant au volet purement politique, le ton se fait plus grave. « Je pense que Montpellier devient un territoire de résistance face à l’immense vague populiste qui secoue la planète. Je constate qu’il y a partout une offensive contre les forces de la démocratie, les syndicats, la culture, la presse, les services publics…« . Exprimant toute son inquiétude quant à l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite dans différents pays ou ville, Michaël Delafosse alerte. « L’élection d’une sénatrice RN dans notre département n’est pas un événement politique anodin. Ce sont des signaux qui nous appellent à construire cette action sous forme de résistance. De ce moment Churchillien, il ne faut pas céder à l’état permanent de crise qui, au contraire, nous oblige à nous réinventer dans les politiques publiques pour répondre aux crises« .
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Un message envoyé particulièrement à ses homologues maires en ayant fait un constat amer. « Il y a maintenant deux classes politiques. Celles des élus locaux, des maires avec qui vous pouvez parler des sujets et, de l’autre, des gens qui vivent au rythme de l’actualité parlementaire, des réseaux sociaux et qui se positionnent. Il y a des ministres qui ne connaissent pas les sujets. Il y a un décalage. Nous les élus locaux on est à des années lumières de la politique nationale et du rythme parlementaire« . Et, même si son champion pour la présidentielle reste Raphaël Glucksmann, Michaël Delafosse met une autre personnalité en avant : « En ce moment, il y a quelqu’un qui parle juste dans le débat national, c’est Jean-Louis Borloo. Il dit que quelque soit la personne élue à la présidentielle, si l’organisation administrative reste la même, personne n’appliquera son programme. Tout s’est complexifié, c’est l’administration qui a le pouvoir« .
Alors, loin d’être désabusé ou de sombrer dans le pessimisme, Michaël Delafosse endosse donc son costume churchillien. « Dans cette année où le doute français est très présent, il y a des tempêtes, il faut les voir avec lucidité mais il faut garder un cap. On va vivre des moments très difficiles dans les mois qui viennent mais, dans ces moments, ceux qui ont l’honneur d’avoir des responsabilités doivent savoir les tenir« . Une forme de résistance locale qui se concrétisera par ailleurs par les contributions du socialiste dans la campagne présidentielle pour montrer l’impact des maires sur le quotidien des Français. En résumé, là où l’État a penché pendant deux mandats d’Emmanuel Macron.
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