Dans un contexte politique difficile entre enjeux sécuritaires et budgétaires, les maires qui remettent leur mandat en mars prochain profitent de leur venue à Paris pour se changer les idées. Entre quelques tables-rondes et des échanges avec les sénateurs, les élus sortent aussi faire la fête.
Un débat sur les polices municipales, une rencontre avec leur président David Lisnard, un discours de Sébastien Lecornu et finalement un peu de détente. Réunis pour le congrès des maires de France ces derniers jours, les quelque 13.000 élus qui y participent tentent de faire redescendre la pression le soir.
Aux manettes: les branches locales de l’Association des maires de France chargées d’organiser l’agenda des soirées de leurs membres. Entre quelques rendez-vous très institutionnels comme un dîner autour des sénateurs de leur territoire ou un cocktail dînatoire au sein de l’antenne parisienne de leur département, on enlève aussi la cravate.
Pause dans un quotidien morose
Les maires de Dordogne ont par exemple assisté à la pièce Mon jour de chance, du théâtre de boulevard joué par Guillaume de Tonquédec. Leurs collègues des Landes, eux, ont pu voir L’oiseau paradis, le spectacle de l’ancien chorégraphe de la Star Academy Kamel Ouali .
Des élus de Hauts-de-France ont, eux, choisi de passer la soirée au Rosa bonheur, un bar branché du parc des Buttes-Chaumont. Autre grand classique: un dîner sur les bateaux-mouches pour apercevoir la Tour Eiffel illuminée et Notre-Dame désormais restaurée.
« Il y a des maires qui ne sont jamais venus à Paris et voient leur passage dans la capitale comme une bulle d’oxygène », partage tout sourire, Philippe Dedoyard, maire du Busseau (Deux-Sèvres), croisé dans les allées du congrès.
« Ça nous change du quotidien, ça fait aussi du bien et ça donne un peu de légèreté dans un mandat vraiment pas facile », reconnaît Jean-Claude Hervé, maire de Limeuil (Dordogne), à quelques dizaines de kilomètres de Périgueux.
Dans une atmosphère relativement lourde, entre nette hausse des agressions de élus, élections municipales dans quelques mois et finances sous très haute pression, nombreux sont les élus à revendiquer « le besoin d’une pause de quelques heures tout en restant « très sérieux », comme l’explique le maire d’une commune de Seine-Maritime.
Le risque du mélange des genres
Les affaires ne sont d’ailleurs jamais bien loin. Il suffit de remonter quelques tapis roulants dans le Parc des expositions pour arriver au Salon des maires de France. Dans plusieurs halls, on trouve des dizaines d’entreprises qui tentent de vendre leurs services aux mairies, d’aires de jeux avec d’immenses toboggans en forme de grenouille à des sièges pour des stades de football en passant par des équipements pour les crèches.
Pour attirer les maires qui viennent souvent pour comparer les prix avant de lancer des appels d’offres en bonne et due forme, les entreprises organisent très souvent des cocktails voire des soirées cabaret pour les entreprises du bâtiment.
« C’est un peu la tradition et c’est souvent très sympa mais parmi toutes celles que j’ai faites, on ne m’a jamais parlé de dossiers en cours », promet un élu rencontré sur le stand d’un grand groupe de BTP.
Au risque d’un mélange des genres potentiellement hasardeux d’un point de vue judiciaire? La Cour de cassation rappelle ainsi qu’un conflit d’intérêt renvoie à « toute situation d’interférence entre un intérêt public et un intérêt privé qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction ».
« Tout sauf musées, cartes postales et bouquinistes »
Au-delà des soirées payées par des entreprises privées, le symbole même de maires qui prennent du bon temps passe parfois très mal. En 2022, l’association des maires du Var avait organisé une soirée au Crazy Horse à tarif préférentiel.
La place, dans ce lieu qui accueille des spectacles de danseuses dénudées, n’avait ainsi coûté aux maires que 50 euros sur leurs deniers personnels contre plusieurs centaines d’euros habituellement. L’information, révélée par Nice-Matin, avait mis mal à l’aise la branche locale de l’AMF, qui avait finalement annulé l’événement.
« Franchement, ce genre d’événement est très caricatural. Nous, quand on vient à Paris, c’est tout sauf musées, cartes postales et bouquinistes pour s’amuser », s’agace Antoine Homé, maire de Wittenheim (Haut-Rhin) et vice-président de la commission des finances de l’Association des maires de France.
La venue des maires à Paris peut même parfois rimer avec une rencontre avec Emmanuel Macron. Le chef de l’État, qui n’est pas venu depuis plusieurs années assister à leur congrès, a rencontré une poignée d’entre eux lundi soir à l’Élysée.
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