
Dans la France des bourgs et des campagnes, chacun a vu partir le dernier commerce : le café qui ferme, l’épicerie qui ne trouve pas repreneur, la place du village qui se vide. Ce mal qui ronge nos territoires ruraux gagne aujourd’hui les villes : la vacance commerciale en pied d’immeuble atteint 11,7 % en 2025, contre 10,8 % un an plus tôt, avec des pointes à 14 % dans les villes moyennes. Un Français sur deux estime son centre-ville en perte de vitesse.
Les causes s’additionnent : une consommation qui bascule vers les services et le bas prix, une concurrence en ligne aux règles inéquitables, un demi-siècle de course aux surfaces périphériques et des loyers déconnectés de la rentabilité réelle des boutiques. En ruralité s’y ajoute un défi propre : le vieillissement des commerçants. Cinq cent mille dirigeants partiront à la retraite dans les dix prochaines années, et une entreprise sur deux ne trouve pas de repreneur, alors que le commerce et la restauration représentent à eux seuls 57 % des cessions. Or, dans nos villages, le dernier commerce est souvent le dernier rempart de la sociabilité : quand il ferme, c’est tout un territoire qui décroche.
Faire de la transmission-reprise une priorité nationale, pour sauver le dernier commerce en ruralité
L’État n’est pas resté inerte : Action Cœur de Ville, Petites Villes de Demain ou Villages d’Avenir ont fait leurs preuves. Mais aucun de ces programmes ne cible la vacance commerciale en tant que telle. Or, la mission d’information que nous avons conduite a établi un fait décisif : là où la vacance recule, c’est la mobilisation des élus locaux qui a fait la différence.
Nous proposons d’abord de créer dans la loi des « zones prioritaires de commerce » : lorsqu’une commune subit une vacance manifestement excessive et persistante, elle pourrait, à sa demande, être classée par décret, sur des critères objectifs et pour une durée limitée. Les maires y disposeraient d’outils opérants : des observatoires des loyers commerciaux pour rétablir la transparence, une expérimentation d’encadrement des loyers à la seule main des élus qui le décideront, une taxe sur les friches commerciales rendue réellement dissuasive pour décourager la rétention spéculative.
Des moyens d’agir pour nos territoires
Nous proposons ensuite de faire de la transmission-reprise une priorité nationale, pour sauver le dernier commerce en ruralité : un point d’entrée unique vers les aides, un mentorat des repreneurs par les commerçants expérimentés, un délai de mise en conformité pour ne pas écraser le repreneur sous les normes dès le premier jour, le renforcement du déploiement des foncières publiques de redynamisation et la pérennisation du fonds de soutien au commerce rural, sanctuarisé à trente millions d’euros par an.
L’impact recherché ne se mesure pas qu’en points de vacance. C’est un artisan, un restaurateur, un boulanger qui s’installe là où hier il renonçait. C’est un maire rural qui n’assiste plus, impuissant, à la fermeture de sa dernière épicerie. C’est réaffirmer que le commerce de proximité n’est pas une survivance mais un choix de société : celui de villages vivants, de rues animées et de communes qui demeurent des lieux de vie et non des décors. Le diagnostic est posé, les outils sont sur la table. Nos territoires ne demandent pas la nostalgie ; ils demandent des moyens d’agir.
*Jean-Pierre Vigier, député de la Haute-Loire, co-rapporteur de la mission d’information sur l’avenir des commerces de proximité.
Laurent Lhardit, député des Bouches-du-Rhône, co-rapporteur de la mission d’information sur l’avenir des commerces de proximité.
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