Décryptage : quels moyens ont les maires pour lutter contre le narcotrafic

« À nouveau 2 blessés dans ce qui ressemble à une lutte entre gangs pour s’approprier le réseau sur notre ville. Cette spirale de violence est infernale. Elle inquiète à juste titre les Clermontois. Je reste déterminé à lutter avec le préfet contre ce fléau », a affirmé Olivier Bianchi sur le réseau social X, lundi 18 août 2025.

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, environ 53,5 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2024 par les services français de police, gendarmerie, douanes et marine nationale. Une augmentation de 130 % par rapport à 2023.

Les violences liées au narcotrafic, elles, étaient en baisse l’an dernier : 110 morts et 341 blessés en 2024, contre 139 morts et 413 blessés en 2023.

Mais alors, quels moyens ont les maires pour lutter contre le narcotrafic ? 

La logique des partenariats

Pour Didier Poulhazan, chargé de mission « sécurité, prévention de la délinquance » de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalités, c’est la logique des partenariats qui prime.

« Le maire ne peut pas ignorer ce qu’il se passe. Son rôle complémentaire est d’autant plus efficace s’il travaille en partenariat avec la police, la gendarmerie ou l’éducation nationale”

Didier Poulhazan (Chargé de mission « sécurité, prévention de la délinquance » de l’Association des maires de France)

Avec la loi du 5 mars 2007 sur la prévention de la délinquance des mineurs, un Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) est obligatoire dans les communes de plus de 10.000 habitants ou disposant d’un « quartier prioritaire ». Cette loi est modifiée par celle du 5 mai 2021 pour une sécurité globale : à partir de 5.000 habitants, un CLSPD doit être mis en place.

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Le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) présidé et animé par le maire de la commune. Photo locale

C’est le maire qui anime et préside ce conseil. À ses côtés, siègent le préfet, la procureure de la République et le président du conseil départemental ainsi que les partenaires et acteurs de la sécurité et de la prévention de la délinquance comme les bailleurs ou l’Éducation nationale. 

« S’attaquer à un point de deal demande beaucoup de moyens. Il ne suffit pas d’interpeller des consommateurs, il faut aussi interpeller ceux qui organisent le trafic. Et cela, le maire ne peut pas le faire tout seul »

Didier Poulhazan (Chargé de mission « sécurité, prévention de la délinquance » de l’Association des maires de France)

Leur mission ? Après avoir émis un « Diagnostic local de sécurité », les acteurs locaux vont suivre une « Stratégie territoriale de sécurité et de prévention de la délinquance », un plan sur trois ans.

Celle de la ville de Clermont-Ferrand, prévue entre 2022 et 2024, propose 15 actions pour lutter contre la délinquance. Par exemple, l’action 5 intitulée « dehors mais pas seul » vise à sensibiliser des acteurs de la ville comme la police nationale, municipale ou les bailleurs sur les addictions.

L’action 13, « plan de déploiement de la vidéoprotection », a pour objectif de déployer de nouvelles caméras sur le territoire.

Armer ou non la police municipale

« Suite à une demande motivée du maire à la préfecture », les policiers municipaux peuvent être armés ou non. La décision revient donc au maire de la commune. Sécurité des passagers dans les transports publics, sûreté des habitants, lutte contre la délinquance… Le maire peut invoquer plusieurs raisons. 

Les agents de la police municipale doivent ensuite suivre une formation et un entraînement au port d’arme dispensés par le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT).

Le maire peut renforcer le dispositif mis en place par la police ou la gendarmerie

Le maire reste responsable de l’application du Code de la Sécurité en matière de port d’arme. C’est par exemple lui qui supervise les agents et s’assure qu’ils suivent leurs entraînements réguliers.

S’il dispose d’une police municipale, le maire peut également proposer de renforcer le dispositif mis en place par la police ou la gendarmerie par des patrouilles complémentaires.

Un projet de loi porté par François-Noël Buffet, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur en charge de la Sécurité du quotidien, sera proposé à l’automne prochain. Il vise à « accroître leurs compétences ».

« On veut leur permettre de mieux réprimer certaines infractions du quotidien dans une meilleure coordination avec les FSI », affirmait le 5 juillet François-Noël Buffet dans une interview au Parisien.

Pour Didier Poulhazan, « il s’agit pour les policiers municipaux de disposer de dispositifs qui pourraient leur permettre de fluidifier leurs activités quotidiennes ». Ils seraient davantage « autonomes, plus efficaces dans leurs quotidiens ».

« Frapper au portefeuille »

« Il y a un enjeu économique et social qu’il faut prendre en compte », explique Didier Poulhazan. « Un travail important d’analyse dont une analyse chiffrée a été faite derrière la loi « sortir la France du piège du narcotrafic » ».

Promulguée le 13 juin 2025, la loi prévoit que les préfets puissent fermer les commerces et autres lieux suspectés de blanchiment d’argent. Les maires, eux, doivent être informés de ces fermetures dans leur commune.

Cibler les mineurs qui trafiquent des stups

« Un exemple très intéressant mérite d’être connu », ajoute Didier Poulhazan. Connaissez-vous le projet « LIMITS » (Limiter l’implication des mineurs dans les trafics de stupéfiants) de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) ?

Lancé en 2024, ce projet, à destination des communes et des intercommunalités, « vise à prévenir l’implication des mineurs dans les trafics de stupéfiants ». Financé par le fonds de concours « Drogues » (FDC) — somme confisquée aux trafiquants de drogues — un appel à projet est lancé où quinze communes sont retenues.

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Le Dr Nicolas PRISSE, à la tête de la MILDECA, en déplacement dans le Puy-de-Dôme en juin 2023.

Cette année, sur les 56 dossiers déposés par les mairies, des villes comme Aix-en-Provence, Grenoble, Vaulx-en-Velin, Brest ou encore Bordeaux ont été sélectionnées pour mettre en place ce dispositif. 

« C’est le maire qui répond à l’appel d’offre de la MILDECA. Puis, la ville va être accompagnée pour mettre en œuvre ce qu’elles ont indiqué dans leur réponse à l’appel d’offre »

Didier Poulhazan (Chargé de mission « sécurité, prévention de la délinquance » de l’Association des maires de France)

« Si l’on raisonne à l’échelle globale, il y a quand même un enjeu d’homogénéisation de la réponse [au narcotrafic] », ajoute Didier Poulhazan. La spirale de violences se brisera plus facilement avec une réponse collective.

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