
Depuis les quelque seize années qu’il est numéro 2 de l’association des maires de France, André Laignel ne lâche rien. L’édile berrichon était en déplacement dans les Bouches-du-Rhône ce mercredi, invité de l’assemblée générale des maires du département. Une réunion marquée par les incertitudes budgétaires qu’annonce l’automne à venir. « La préoccupation générale et principale des maires reste les finances locales », celui qui est à la tête de la commune d’Issoudun, dans l’Indre, depuis quarante-huit ans. Cette préoccupation est d’autant plus forte après les coupes budgétaires imposées aux collectivités dans le dernier budget.
« État déliquescent »
« L’année 2025 sera calamiteuse sur le plan des finances locales, dénonce-t-il. Le manque à gagner sous toutes ses formes s’établit autour de 8 milliards d’euros pour l’ensemble des collectivités, c’est la plus forte ponction qu’elles subissent depuis que ça existe ! » Mais les perspectives pour 2026 ne sont guère plus réjouissantes, craint André Laignel, qui rencontrait cette semaine des responsables du ministère des Finances. « Pour l’instant, ils n’ont que des pistes, des ballons d’essais plutôt que l’on découvre dans la presse », grimace-t-il. Parmi les bruits récurrents, l’idée de contrats limitant l’augmentation des dépenses des collectivités, une année blanche sans hausse des dotations, ou des limitations sur l’investissement. Des rumeurs qui l’alertent. « Les collectivités portent 70% des investissements publics, rappelle l’édile. Si nous mettons en panne ces investissements, nous risquons de passer sous la ligne de flottaison et de mettre le pays en récession ! » Pour lui, couper dans les projets locaux, « c’est affaiblir les réponses de proximité ».
Alors à Bercy, il a rappelé que les communes adoptent des budgets à l’équilibre, que la part de l’endettement des collectivités territoriales reste stable, à 9% du PIB. « Nous ne sommes pas responsables de la crise budgétaire », assène-t-il. Tandis que les maires sont les élus recueillant le plus la confiance de leurs administrés, ces coupes budgétaires, à un an des municipales, risquent d’abîmer ce lien. De quoi expliquer les démissions de plus en plus nombreuses d’édiles. « Elles ont augmenté de manière faramineuse, cela reflète un profond malaise, témoigne André Laignel. Les maires sont pris en étau : d’un côté, l’État réduit nos capacités d’action, d’autre part, les exigences de nos concitoyens sont de plus en plus fortes. » il promet de mobiliser les élus face aux coupes budgétaires d’un « État en déliquescence » et à un Premier ministre « qui est l’incarnation de l’immobilisme ». « Depuis plusieurs années, nous avons un président et des gouvernements qui nous écoutent et jamais ne nous entendent. C’est une faute politique majeure », assène-t-il.
Quant aux prochaines municipales, face au risque de percée de l’extrême droite, « il n’y a pas d’autre chemin pour la gauche que de s’unir », défend-il. Une union « de Ruffin à Glucksmann, mais on n’exclut pas ceux qui veulent nous rejoindre », sourit le partisan d’Olivier Faure. Comptant sur un clivage gauche – droite réaffirmé et sur le barrage républicain.
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