
Organisé du 18 au 20 novembre au Parc des expositions à Paris, ce dernier congrès de l’Association des maires de France (AMF) avant les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, a pour thème la « liberté ». Un slogan qui fait largement écho aux nombreuses alertes des élus locaux sur l’érosion de leur marge de manœuvre, tant sur le plan politique que budgétaire.
L’AMF, qui fédère la quasi-totalité des 34 875 communes de France, milite depuis toujours pour un renforcement des pouvoirs locaux, après la suppression de presque tous les leviers fiscaux propres aux communes.
À en croire les chiffres, ce congrès promet d’être hors norme : 12 000 élus attendus dont 1 000 Ultramarins lundi, 2 000 invités et une soixantaine de débats et ateliers, un record.
Côté politique, une dizaine de ministres seront présents, avec en clôture jeudi après-midi le premier d’entre eux, Sébastien Lecornu, dont le discours sera particulièrement scruté sur le budget et les contours du nouvel acte de décentralisation qu’il appelle de ses vœux.
Ils redoutent plus que tout une dissolution
Ce rendez-vous se tient néanmoins dans un contexte particulièrement tendu, avec cette « vie de l’exécutif en sursis » et « cette vie parlementaire en hystérie », selon David Lisnard, président de l’AMF et maire LR de Cannes.
« La campagne municipale prend assez peu. Les partis sont fébriles et la vie politique est concentrée sur le budget », observe le constitutionnaliste Benjamin Morel.
Les maires redoutent plus que tout une dissolution en janvier et son corollaire, de nouvelles législatives, qui viendraient reléguer au second plan les municipales, nationalisant la campagne.
Selon le politologue Martial Foucault, le gouvernement pourrait même, en cas de dissolution, « organiser municipales et législatives le même jour afin de ne pas percuter les premières ». Ce serait selon lui une « catastrophe démocratique » pour les municipales.
L’étau du budget
Sur le plan budgétaire, les collectivités sont vent debout contre la mise à contribution de 4,7 milliards annoncée pour 2026, qu’ils qualifient de « ponction », soit deux fois plus que l’an dernier. Selon leur calculette, la facture serait plutôt de 7,5 milliards d’euros.
Une « purge massive » dans un contexte de « délitement important de la santé financière des collectivités territoriales », dénonce André Laignel (PS), premier vice-président délégué de l’AMF, à rebours de l’analyse de la Cour des comptes, qui évoquait en juin une « situation financière favorable » malgré des signaux rouges.
Sébastien Lecornu, qui a déjà lâché du lest aux régions et aux départements, pourrait à nouveau desserrer l’étau jeudi pour les communes et leurs intercommunalités.
Pas de crise des vocations
Malgré un mandat marqué par des crises multiples et inédites, par un nombre record de démissions et par l’envolée des violences contre les maires en début de mandat, ces derniers ne semblent pas découragés.
Selon l’enquête AMF / Cevipof-Sciences Po, près de six maires sur dix envisagent ainsi de se représenter en 2026, environ dix points de plus qu’en 2019.
Craignant une crise des vocations dans un pays aux quelque 500 000 élus locaux, l’AMF multiplie toutefois les initiatives pour inciter les Français à s’engager.
Sécurité, santé, écologie, cryptomonnaies…
La plénière d’ouverture portera sur la sécurité et la place du maire dans la prévention de la délinquance, alors que le narcotrafic s’étend désormais aux zones rurales.
Outre la pré-journée consacrée aux outre-mer, les débats porteront sur des thèmes très divers allant du financement de la transition écologique aux cryptomonnaies, en passant par la prévention en santé.
Porté par une association d’élus transpartisane, le congrès entend tenir le jeu politique à distance, mais ce dernier pourrait s’inviter en coulisse.
D’autant que le Rassemblement national, très haut dans les sondages pour la présidentielle, mise gros sur les municipales.
« L’AMF est fragilisée, parce qu’elle sent la pression localement, LFI d’un côté, RN de l’autre », analyse Benjamin Morel.
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