Olivier Peverelli, président de l’Association des maires de l’Ardèche

, Olivier Peverelli, président de l’Association des maires de l’Ardèche

Le Congrès des maires et des présidents de communautés de l’Ardèche a lieu, ce jeudi 30 octobre, au Pouzin. L’occasion pour le président de l’Association des maires de l’Ardèche, Olivier Peverelli, de rappeler les inquiétudes des élus face aux coupes budgétaires annoncées pour les collectivités.

« Si ça continue à baisser, il n’y aura plus de fonds propres et les collectivités ne pourront plus investir« . C’est le message que veut faire passer le président de l’AMF en Ardèche et maire du Teil, Olivier Peverelli, à l’occasion du Congrès des maires de l’Ardèche qui s’ouvre ce jeudi 30 octobre au Pouzin.ICI Drôme Ardèche – Vous en appelez aux députés alors que le budget est examiné à l’Assemblée parce que vous êtes inquiet face aux nouvelles coupes annoncées. Vous pouvez nous expliquer ?Olivier Peverelli – L’année dernière, nous avons subi, au niveau national une coupe de huit milliards d’euros, nous les collectivités, les communes intercommunalités. Et cette année, dans le premier budget présenté par le Premier ministre, il y avait une nouvelle coupe de sept milliards d’euros, et là, on tire la sonnette d’alarme, on dit « arrêtez, on n’y arrivera plus ». Nous avons des obligations vis-à-vis de nos populations : nous organisons l’accueil des enfants, nous organisons toutes les activités, nous organisons aussi tout ce qui concerne les activités sportives, les gymnases, les écoles, etc., ça représente des sommes considérables. Sur les six dernières années, on a investi plus d’1,4 milliards d’euros en Ardèche pour refaire des écoles, refaire des places, améliorer toutes les infrastructures. Et donc nous sommes les premiers investisseurs sur le département ! Attention à ce que ces dernières coupes budgétaires ne nous interdisent pas d’investir, on n’y arrivera plus. C’est déjà pas très reluisant pour les entreprises locales en ce moment où les carnets de commandes sont un peu vides, là ça va être une catastrophe et ce n’est pas comme ça qu’on arrivera à redresser la situation dans le pays.Si les dotations aux collectivités baissent encore, quels investissements vont être les premiers abandonnés en Ardèche ?Tous les projets dans les communes, toutes les communes qui ne pourront plus dégager suffisamment de fonds propres pour investir, donc ça peut être des écoles, ça peut être tout ce qui est rénovation énergétique, ça peut être amélioration du cadre de vie, et puis malheureusement, des mises en sécurité de bâtiments ou autre. Et puis c’est la vie du quotidien, c’est-à-dire qu’on arrêtera de louer ou prêter les salles des fêtes, certaines communes l’ont déjà fait, parce que le coût de l’énergie est trop cher, donc elles ferment l’hiver. On va avoir une situation, une vie au quotidien pour les habitants qui sera complètement dégradée et ce n’est peut-être pas le moment de rajouter ce type d’interdiction dans une période où les Français sont dans le rejet de la politique au niveau national. Les élus locaux, nous sommes les derniers remparts de la démocratie.40 maires démissionnent chaque mois en moyenne dans l’Hexagone selon l’Association des maires de France. C’est un chiffre qui vous étonne ? Vous avez le nombre en Ardèche ?Le taux de démission au niveau national, c’est 6%, et en Ardèche, c’est 10%. Donc c’est dire quand même s’il y a un vrai sujet en Ardèche, mais parce que les collègues ont été confrontés, on a été confrontés à un mandat difficile, comme tout le monde, le Covid, l’inflation, avec des moyens qui ne sont plus là, avec des exigences de la population qui sont en augmentation. Et avec tout ça, les maires ne s’y retrouvent plus, parce que quand on est maire, on y passe entre 10 et 12 heures par jour, mais c’est 7 jours sur 7, et c’est pour se faire engueuler parce qu’on n’a plus les moyens de réparer les trous, d’améliorer l’école ou autre. On passe son temps à se faire engueuler, on n’y va plus, et moi ce que je crains, c’est qu’on ait des communes où il n’y aura pas de candidats, et s’il n’y a pas de candidats, en mars prochain aux municipales. Moi j’ai des collègues qui me disent « je ne sais pas si je vais retourner. Si c’est pour gérer la misère, ça ne vaut pas la peine« . On n’a plus de moyens.Et le texte voté la semaine dernière au Sénat, (qui doit repasser devant les députés) pour améliorer le statut des maires et notamment augmenter leurs indemnités, ça n’est pas suffisant pour susciter des vocations ?C’est bien, mais ce n’est pas ce que demandent les élus. Ils demandent dans le statut d’abord que, par exemple, quand ils participent à une commission, que ce ne soit pas pris sur leurs vacances, qu’ils aient des jours de délégation, comme peuvent avoir les délégués syndicaux dans des entreprises, par exemple, pour exercer leur mandat. Ils ne demandent pas d’indemnité supplémentaire. La reconnaissance de cette fonction, ça passe par le fait de reconnaître qu’on s’engage… Pourquoi est-ce qu’il y a quand même plus de 60% des Français qui reconnaissent l’action positive des maires ? C’est parce qu’on se présente avec un programme et qu’on le réalise. Si un commandant nous dit « ça vous l’aurez plus, ça vous l’aurez plus, ça vous l’aurez plus, vous n’avez plus les moyens de mettre en œuvre votre programme », cette reconnaissance disparaît, or on est élus pour ça. Donc ça ne peut pas fonctionner longtemps.