Fanny Lacroix, vice-présidente de l’Association des maires ruraux : « Une créativité extraordinaire existe auprès des habitants mais il faut doter les communes de …

, Fanny Lacroix, vice-présidente de l’Association des maires ruraux : « Une créativité extraordinaire existe auprès des habitants mais il faut doter les communes de …

Le budget de l’État demande aux collectivités des économies massives. Quelles conséquences cela peut avoir sur l’action des maires ruraux ?

Fanny Lacroix

Maire de Châtel-en-Trièves (Isère), vice-présidente de l’Association des maires ruraux de France

On peut redouter un rétrécissement des marges de manœuvre pour des communes qui ont déjà du mal à boucler leur budget de fonctionnement, mais aussi des dégâts sur tout le tissu économique local. Lorsque nous menons des projets, nous faisons travailler des artisans locaux, des entreprises de proximité, et cela participe au maintien des emplois. Ce qui favorise notre attractivité.

Et si nous avons des financements, nous pouvons aussi améliorer les conditions de vie des habitants, par exemple en mettant plus de moyens pour fournir la cantine scolaire en produits de qualité provenant d’agriculteurs du secteur. Demander de telles économies peut dégrader durablement le quotidien d’un territoire.

L’un des grands sujets qui préoccupent les maires de petites communes, c’est le maintien des écoles. Comment résister à la disparition des établissements ruraux ?

Il faut d’abord préciser que la présidence d’Emmanuel Macron a au moins apporté une bonne chose : on ne peut désormais plus fermer d’école rurale sans avoir l’aval du maire, même si des classes peuvent être fermées. En 2016, on m’a appelé un matin pour me dire qu’en 2018 je n’aurai plus d’école. Ce n’est plus possible aujourd’hui.

Les élus locaux ont désormais plus de marge de manœuvre pour éviter la disparition des écoles. Ils peuvent refuser la fermeture, créer une commune nouvelle pour coaliser les moyens avec celles alentour, réunir les classes, et ainsi sauvegarder la présence de l’école, élément essentiel de notre maillage territorial et pour la vie locale.

Sébastien Lecornu a promis un acte de décentralisation à venir. En espérez-vous quelque chose ?

C’est un sujet régulièrement abordé par les gouvernements, mais il y a trop souvent des incohérences entre les volontés affichées et le résultat final. Il faut urgemment donner plus de libertés et de moyens aux communes. Une créativité extraordinaire existe auprès des habitants, mais les maires n’ont pas la possibilité ni les moyens de l’orchestrer, en particulier depuis que nous avons perdu la possibilité de lever l’impôt, mais aussi d’activer les forces vives, bloquées par les cloisonnements administratifs et les cadres institutionnels.

Les élus se plaignent également du poids de la bureaucratie dans leur quotidien. Partagez-vous ce constat ?

C’est indéniable. Et cela demande aux communes des compétences qu’elles n’ont pas forcément, ce qui les amène de plus en plus à repenser leur organisation interne. D’autant que les logiques de resserrement budgétaire à l’œuvre imposent aux municipalités d’aller chercher des financements où elles le peuvent, donc à monter de nombreux dossiers, mais elles ne sont pas toujours structurées pour cela.

Par exemple, certaines fonctionnaient depuis des années seulement avec une secrétaire de mairie et un agent polyvalent, mais ça ne suffit pas toujours dans le contexte actuel. Les intercommunalités et la mutualisation possible des moyens pourraient être une réponse, mais elles sont trop nombreuses à avoir du mal à se mettre au service des communes. Beaucoup se pensent comme une strate supra-communale.

Oui, on s’en doute : vous en avez assez

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