
Alors que le président de la République veut la création d’un label professionnel pour distinguer les médias d’information des plateformes commerciales, le maire LR de Cannes appelle à «la plus grande vigilance face à ce qui ressemblerait à un “ministère de la vérité”».
«La tentation de labelliser “les bons médias” traduit une dérive liberticide», s’est indigné ce dimanche 30 novembre sur X le maire de Cannes (LR) et président de l’Association des maires de France (AMF) David Lisnard. Le 19 novembre dernier, à l’occasion d’un débat à Arras avec des lecteurs de La Voix du Nord, le président de la République Emmanuel Macron avait fait savoir qu’il comptait «tout faire pour que soit mis en place un label» professionnel pour les réseaux sociaux et les sites d’information. L’objectif ? Identifier les médias dignes de confiance et lutter contre la désinformation.
«On doit distinguer les réseaux et les sites qui font de l’argent avec de la pub personnalisée, et les réseaux et les sites d’information», avait précisé Emmanuel Macron. Avant d’ajouter que cette labellisation devrait être réalisée par des «professionnels» des médias «qui puissent dire “ceci correspond à la déontologie”». Le président de la République avait expliqué qu’il songeait à mettre en œuvre ce projet en s’appuyant sur un outil de RSF, «Journalism Trust Initiative», qui propose de certifier les publications. Sur leur site Internet, leur slogan est simple : «établir une norme mondiale et neutre pour des médias dignes de confiance».
«En démocratie, on garantit le pluralisme et la liberté, on ne les certifie pas»
Un projet quasi orwellien, selon David Lisnard. «Quand Emmanuel Macron explique vouloir “mettre en place un label” pour distinguer les “bons” sites d’information et créer des mécanismes qui “détectent et dénoncent” les contenus jugés problématiques, il franchit une ligne fondamentale», affirme l’élu, «en démocratie, on ne délègue pas à une instance agréée par l’exécutif le pouvoir de dire ce qui serait “fiable”. On garantit le pluralisme et la liberté, on ne les certifie pas».
Le président de l’Association des maires de France poursuit en appelant à «la plus grande vigilance face à ce qui ressemblerait à un “ministère de la vérité”». «La tentation de labelliser “les bons médias” traduit une dérive liberticide particulièrement grave», conclut-il.
David Lisnard n’est pas le seul à s’être offusqué. Sur Europe 1, le président de l’association «Les Gueux» Alexandre Jardin a souligné en début d’après-midi qu’il ne s’agissait pas «d’un problème droite-gauche» mais qu’il s’agissait d’«un problème de démocratie». «Est-ce qu’on mesure ce qu’on est en train d’évoquer ?, s’est-il insurgé, les Français sont démocrates, on est un grand peuple républicain. Les gens qui nous écoutent savent très bien qu’on ne rigole pas avec la liberté d’expression. Un grand peuple, c’est un peuple libre».
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