, “Je préfère laisser ça derrière moi”: en Charente, les élus locaux démissionnent plus qu’ailleurs

“Je préfère laisser ça derrière moi”: en Charente, les élus locaux démissionnent plus qu’ailleurs

, “Je préfère laisser ça derrière moi”: en Charente, les élus locaux démissionnent plus qu’ailleurs

À moins d’un an des prochaines élections municipales, une récente enquête du Cevipof dévoile que plus d’un maire a démissionné chaque jour, en France, entre septembre 2020 et mars 2025. Un phénomène multiplié par deux par…

À moins d’un an des prochaines élections municipales, une récente enquête du Cevipof dévoile que plus d’un maire a démissionné chaque jour, en France, entre septembre 2020 et mars 2025. Un phénomène multiplié par deux par rapport au précédent mandat. Selon l’Association des maires de Charente (AMF16), 20 maires ont jeté l’éponge pendant le mandat en cours, dont neuf sur les deux dernières années, faisant du territoire l’un des départements les plus concernés.

80 % des démissionnaires de Charente sont nouvellement élus

Ce sont les tensions au sein des conseils municipaux qui sont la principale raison de ces renoncements, loin devant les incivilités et agressions de la part des administrés. Les maires de France seraient ainsi des élus à portée de baffes de… leurs conseillers. « C’était impossible d’être simplement en désaccord. L’opposition était systématique, stérile et méchante », raconte Patrice Vincent, qui a quitté son poste de maire à Saint-Brice le 31 mars dernier. « J’ai été dirigiste, j’avais une vision de chef d’entreprise pour la commune, mais je l’assume. C’est l’état d’esprit des opposants qui n’est plus le même ».

La rédaction vous conseille

La discorde politique devenue spectacle dans les arènes nationales irrigue son poison jusqu’au plus petit échelon communal. « Et ça va très loin. Quatre plaintes ont été déposées contre moi. J’ai été entendu deux fois par la gendarmerie. Tout ça parce que des gens qui étaient sûrs d’être élus en 2020 n’ont pas accepté leur défaite », estime celui qui, pour ses adversaires, fut aussi un spécialiste de l’obstruction.

La rédaction vous conseille

Une opposition presque naturelle quand elle vient, justement, de l’opposition. Mais, à l’image des déchirements qui ont conduit le Département à confier son budget à une juridiction externe et son président à annoncer sa démission au 1er septembre prochain, les conflits surgissent le plus fréquemment dans son propre camp.

« Il vaut mieux avoir une opposition bien déclarée qu’une équipe à moitié convaincue ».

« Il vaut mieux avoir une opposition bien déclarée qu’une équipe à moitié convaincue par votre projet », confirme Jean-Michel Bolvin, maire de Montmoreau et président de l’AMF16. « Il y a toujours un ou deux egos qui coincent, des gens qui se sentent une âme de Mazarin », lâche Jean-Yves Beau, ancien maire de Moutonneau qui avait dénoncé lors de sa démission une « ambiance délétère de bac à sable. J’en ai eu un qui était absent des conseils mais laissait systématiquement un mot à faire lire par un autre élu ».

Las de ces querelles de clocher, Jean-Yves Beau finira par laisser son fauteuil en mai 2022. Son successeur fera de même moins d’un an plus tard. « Et il n’y a pas que les maires. Les conseillers aussi sont nombreux à démissionner », fait savoir l’AMF16. « Tout le monde veut donner son avis sur tout. Or le maire a des prérogatives qui lui sont propres. Et c’est là qu’il est accusé de décider tout seul », explique Jean-Yves Beau.

La rédaction vous conseille

Ancien maire de Garat, Hervé Ramat garde aussi quelques souvenirs amers. « Les conseillers d’opposition ont joué leur rôle et ça s’est toujours très bien passé. Mais dans mon équipe, certains ont voulu faire passer des trucs dans mon dos, en signant avec mon nom. Évidemment, c’est auprès de moi que des citoyens sont venus se plaindre ».

Vers une carence des candidatures pour les élections de 2026 ?

Si, en France, 53 % des démissionnaires sont des maires nouvellement élus, ce taux grimpe à 80 % en Charente. « Beaucoup s’attendent à un retour sur investissement, mais il ne faut pas rêver. Des retours positifs sur le travail effectué, on n’en a tout simplement jamais », confie, après sept mandats, Jean-Michel Bolvin.

« Il y a aussi une impréparation. Et la mission est difficile sur les petites communes car les gens nous connaissent. J’avais les doléances à domicile, parfois le dimanche soir à 20h ! », poursuit Hervé Ramat, pour qui « l’attitude de l’État est regrettable. Ne serait-ce qu’à la préfecture, on ne nous connaît même pas. Je rappelle qu’on en est au quatrième préfet au cours de ce mandat ».

À ce rythme, y a-t-il un risque de carence des candidatures pour 2026 ? « J’en suis convaincu », lance Hervé Ramat. « D’autant qu’avec l’obligation de la liste paritaire qui est une aberration, ça va être un vrai casse-tête », estime Jean-Michel Bolvin, qui espère que les bonnes volontés s’engageront malgré tout.

« Il leur faudra bâtir une équipe solide dès le départ », conseille Patrice Vincent. « Ce n’est pas l’armée », rétorque Jean-Yves Beau. « Il y aura toujours une défection à un moment. Il faut surtout être solide soi-même ».

Nous avons le plaisir de vous relayer cet article sur la formation des élus. Se former est une nécessité pour exercer pleinement ses responsabilités et répondre aux défis de l’action publique. C’est dans cet esprit que formation-des-elus.cdcl.fr a été créé : une association fondée et gérée par des élus, dédiée à l’accompagnement et au développement des compétences des représentants locaux. Grâce à des formations animées par des experts reconnus, nous apportons aux élus des outils concrets et adaptés à leurs missions, afin de renforcer l’efficacité et la qualité du service public.