, Eure. Crise politique : les élus locaux craignent l’amalgame entre eux et les élus nationaux

Eure. Crise politique : les élus locaux craignent l’amalgame entre eux et les élus nationaux

Etre « à portée d’engueulade », les élus locaux en ont l’habitude. Le président du Sénat Gérard Larcher a contribué à la popularité de cette formule, souvent utilisée par quantité de « petits élus », les maires notamment. Mais on ne peut pas dire que l’exemple donné d’en haut, depuis la crise politique que vit le pays, arrange les choses.

À lire aussi

Localement, on craint l’amalgame qui pourrait être fait entre « des élus d’en haut » accrochés au pouvoir et ceux qui travaillent au quotidien auprès de leurs administrés. Exemple à Bernay, dans l’Eure,  où nous sommes allés interroger Frédéric Delamare, maire de Serquigny, et Jean-Pierre Le Roux, premier édile de Beaumont-le-Roger. Le premier est membre du Parti socialiste et le second, de sensibilité divers droite. 

Frédéric Delamare est inquiet…

« Il faut absolument dissocier la politique nationale de l’échelon local. Un maire, quelle que soit son étiquette, intervient quotidiennement au plus près des gens. Il le fait d’autant plus que selon moi, l’État a abandonné certains territoires », lâche Frédéric Delamare, interrogé par nos soins.

Frédéric Delamare
Frédéric Delamare reproche à Emmanuel Macron de ne pas avoir nommé un Premier ministre de gauche en 2024. ©Anthony Bonnet/Eveil Normand

Le maire de Serquigny craint, à six mois des élections municipales, l’amalgame qui pourrait être fait entre les députés de la nation (certains députés ou/et chefs de parti) et les élus locaux. Une crainte d’autant plus justifiée que s’il y a dissolution de l’Assemblée nationale, s’il y a le cas échéant – comme les sondages le prédisent – majorité Rassemblement national à l’assemblée, si Jordan Bardella est dans quelques mois Premier ministre… toutes les conditions seront réunies pour que le RN s’empare de certaines mairies en mars 2026. Et dans l’Eure, département qui compte quatre députés RN sur cinq, le parti d’extrême-droite a de l’ambition.

Vidéos : en ce moment sur Actu

À lire aussi

À lire aussi

On le comprend, Frédéric Delamare ne souhaite pas, dans de telles conditions, la dissolution de l’assemblée. Mais il ne réclame pas non plus, comme d’autres, par exemple le sénateur Hervé Maurey – la démission du président de la République Emmanuel Macron. Il le dit clairement :

La démission du président de la République serait susceptible d’ébranler encore un peu plus nos institutions. Le séisme serait profond.

Frédéric Delamare, maire de Sequigny

À lire aussi

Il en veut néanmoins à Emmanuel Macron de ne pas avoir nommé un Premier ministre de gauche au lendemain des dernières élections législatives, en juillet 2024. Lui (Frédéric Delamare) est socialiste et l’assume pleinement, même si « quand on gère une mairie, on ne fait pas de politique politicienne ».

À ce propos, le maire de Serquigny pense que les partis sont nécessaires à la vie démocratique. Il ne croit guère qu’un quelconque « homme providentiel », dont certains rêvent, puisse sauver le pays. « Emmanuel Macron a pu être pressenti comme tel ou, à tout le moins, comme un président hors parti par certains, on voit ce que cela a donné. Il a fait monter les extrêmes », estime à ce propos  Frédéric Delamare.

À lire aussi

… et Jean-Pierre Le Roux, triste

« C’est triste ce qui se passe. » Ce sont les mots qui viennent spontanément au maire de Beaumont-le-Roger, Jean-Pierre Le Roux, lorsqu’on lui parle de la crise politique que la France est en train de vivre.

Jean-Pierre Le Roux maire Beaumont-le-Roger
Jean-Pierre Le Roux soutient Sébastien Lecornu et se dit ravi de sa nomination à la tête du gouvernement. ©Coralie Maux-Renard/Eveil Normand

« On a l’impression qu’ils [N.D.L.R. : les hommes politiques] se battent pour leur place et pour leur parti, sans penser à la France. Je ne parle pas de M. Lecornu, il a tout fait pour que cela s’arrange, qu’il y ait une cohésion et il n’y est pas arrivé. C’est pour cela qu’il a démissionné », décrivait le Premier magistrat, également conseiller départemental, ce jeudi 9 octobre, quand nous lui avons demandé son point de vue sur la situation actuelle.

« Sébastien Lecornu a fait du bon travail [en tant que ministre des armées], apparemment, les militaires sont contents de lui. C’est rare », affirme Jean-Pierre Le Roux.

À lire aussi

Lorsque Sébastien Lecornu a été nommé Premier ministre, le mardi 9 septembre, « j’étais content, j’étais fier qu’il soit nommé », sourit le maire de Beaumont. Sébastien Lecornu est en effet l’un de ses « collègues » au Département, tous deux faisant partie du même « microparti » Ensemble pour l’Eure (qui rassemble les élus de la majorité départementale).

Sébastien Lecornu Premier ministre, c’est une bonne mise en lumière de notre département. Tous les projets innovants, il essaie de les mettre en place dans l’Eure.

Jean-Pierre Le Roux

A contrario, lorsque l’édile a appris la nouvelle de sa démission le lundi 6 octobre, « j’étais dégoûté, car il avait de bonnes intentions, indique-t-il. Il était prêt pour cela, mais on lui a mis des bâtons dans les roues par ambition pour les futures présidentielles. »

Une nouvelle surprise attendait Jean-Pierre Le Roux, lorsque Sébastien Lecornu a été renommé à la tête du gouvernement ce vendredi 10 octobre. « C’est le moine soldat, il est là pour assurer le budget. Il fallait bien quelqu’un, il se dévoue, il est courageux, appuie celui qui connaît bien l’ancien maire de Vernon, recontacté ce lundi 13 octobre. C’est un bon négociateur, il essaie d’arranger tout le monde. »

Un impact sur les mairies

« S’il n’y a pas de budget, il va y avoir un impact sur les mairies », déclarait Jean-Pierre Le Roux ce jeudi 9 octobre. Sans budget voté au Parlement, les communes ne pourraient pas bénéficier de subventions. Cela aura également un impact sur les entreprises. « Il faut un budget pour que les fonctionnaires soient payés », appuie-t-il.

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.

Nous avons le plaisir de vous relayer cet article sur la formation des élus. Se former est une nécessité pour exercer pleinement ses responsabilités et répondre aux défis de l’action publique. C’est dans cet esprit que formation-des-elus.cdcl.fr a été créé : une association fondée et gérée par des élus, dédiée à l’accompagnement et au développement des compétences des représentants locaux. Grâce à des formations animées par des experts reconnus, nous apportons aux élus des outils concrets et adaptés à leurs missions, afin de renforcer l’efficacité et la qualité du service public.