
Le Premier ministre, accompagné de sept ministres, a passé plusieurs heures au pied des tours de la Mosson à Montpellier, ce vendredi. Outre une série de visites, le locataire de Matignon a présidé le comité interministériel de la ville qui donne le cap de l’action gouvernementale dans les 1609 quartiers prioritaires du pays, dans lesquels vivent plus de 6 millions de personnes.
François Bayrou en déambulation à la Mosson, entouré de sept ministres. Le rendez-vous, ajourné à deux reprises en avril puis en mai, était très attendu par de nombreux élus à travers le pays, au point que l’association des maires de France avait communiqué son « inquiétude », parlant même, avec ce double report, « d’un très mauvais signal qui s’inscrit malheureusement dans la droite lignée de ce que nous constatons sur le terrain depuis des mois ».
Car le Premier ministre, en venant dans ce quartier sensible de Montpellier, ne devait pas seulement visiter le chantier d’une école, couper le ruban du nouveau commissariat mixte ou admirer les rénovations urbaines entreprises par le maire Michaël Delafosse, « en alignant tous les dispositifs de la politique de la ville », a résumé l’édile. L’annonce, certes importante localement, de la création d’un nouveau service des impôts avec 200 emplois à la clé, est même presque dérisoire au regard du Comité interministériel de la ville (CIV) qui clôturait ces presque six heures passées au cœur de la Mosson.
Le cap gouvernemental dans les QPV
Ce rendez-vous, depuis 1988, donne en effet le cap de l’action du gouvernement dans les quartiers les plus défavorisés, dits « prioritaires de la ville » (QPV). On en compte 1609 à travers le pays, et ceux-ci hébergent 6 millions d’habitants. Il y en a 108 en Occitanie (pour près de 400 000 habitants), région où le taux de pauvreté y est le plus élevé, avec une moyenne de 51 %. Et dix à Montpellier.
« La politique de la ville vise à réduire l’une des manifestations les plus saillantes, les plus aiguës, les plus insupportables pour la solidarité républicaine, de la fracture territoriale : celle qui sépare les quartiers urbains les plus pauvres du reste du tissu local et national », a notamment énoncé, solennel, le Premier ministre. C’est pour afficher « la mobilisation » de son gouvernement sur le sujet qu’il s’est déplacé avec sept de ses ministres, dont ceux de l’Aménagement du territoire, de l’Éducation nationale, de la Santé, du Logement…
Pour ce troisième CIV depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, après ceux de Grigny en 2021 et de Chanteloup-les-Vignes en 2023 – qui s’est déroulé après les semaines d’émeutes – le locataire de Matignon a affiché trois priorités : « l’épanouissement et l’émancipation des enfants et des jeunes du quartier pour garantir à chacun un accès équitable à l’éducation, à la culture ou au sport » ; « améliorer concrètement le cadre de vie et la sécurité des habitants, englobant l’accès à des services publics de qualité, à un environnement sain, à un logement décent et à une sécurité quotidienne renforcée » ; « la relance économique des quartiers, visant à dynamiser l’emploi local, à favoriser l’entrepreneuriat, à attirer les investissements privés et à développer les compétences de chaque habitant ».
Un autre Everest
Un autre Everest pour le Premier ministre, dans ces quartiers où 40 % des 16-25 ans sont sans diplôme (contre 14 % en moyenne nationale), où le taux d’emploi n’est que de 44 % (contre 65 % hors QPV), et où se mêlent encore hélas, par le biais d’une minorité, délinquance et séparatisme.
Lors du CIV 2015, le Premier ministre Manuel Valls affichait pourtant son optimisme en présentant cinq objectifs, dont ceux de « casser les logiques de ségrégation en matière de politique de logement, à l’école et par la culture » ou de « prévenir les phénomènes de repli et de radicalisation ». Dix ans plus tard, l’entourage de son prédécesseur évoque pourtant encore l’urgence de freiner un commerce trop communautaire dans beaucoup de ces lieux. « Il faut plus d’hétérogénéité », souffle un conseiller.
Mais François Bayrou s’est voulu lui aussi confiant à l’heure de lister la quarantaine de mesures qui déclinent de ses trois axes prioritaires, fruit « d’une concertation inédite par son ampleur », a-t-il assuré. Qu’en retenir ? Pour la jeunesse : la labellisation de 40 nouvelles Cités éducatives (dont sept dans le Gard et l’Hérault), qui vise à « renforcer l’accompagnement éducatif global des enfants et des jeunes » ; le doublement des objectifs de scolarisation des moins de 3 ans et la création de 100 crèches en QPV ; le renforcement de la prise en charge des problématiques de santé mentale des jeunes ; la signature de 100 conventions entre des lycées de QPV et des formations de l’enseignement supérieur. Pour la vie quotidienne : inciter à l’entretien des parties communes des immeubles par l’abattement de taxe foncière sur les propriétés privées ; doubler les délégués à la cohésion publique d’ici 2027 ; ouvrir 40 Maisons France Services supplémentaires et proposer 1 000 lieux de stage d’internat en QPV pour des médecins juniors dès 2026.
Pour la réussite économique, enfin : accélérer la création d’entreprises, en particulier pour les femmes, grâce à un fonds d’investissement de 60 M€ dès 2025 ; attirer les investissements privés par incitations fiscales propres aux QPV ; proposer un accompagnement renforcé à 100 000 demandeurs d’emplois des QPV. Entre autres mesures… François Bayrou dit aussi prolonger des dispositifs lancés en 2023 à l’image du programme Quartiers résiliens, pour accompagner la transition écologique de ces vastes habitats des années 60.
« Dans ce contexte budgétaire contraint… »
« Ces engagements, scellés par le CIV, s’inscrivent résolument dans la durée. Les décisions prises à Montpellier constituent le socle d’une dynamique de transformation continue », a encore assuré François Bayrou, précisant qu’une évaluation précise et régulière serait menée. « Dans le contexte budgétaire contraint qui est le nôtre, nous devons être sélectifs dans les actions que nous menons, nous concentrer sur celles qui ont fait leurs preuves et les amplifier ».
C’est invariablement là que le bât blesse. En 2025, le budget de la politique de la ville s’élevait à 609,6 M€, mais 15 M€ viennent d’être annulés par décret tandis que 26,5 M€ ont été gelés, ainsi que l’a rappelé, mi-mai, l’association des maires de France. « Les quartiers populaires ont besoin d’investissements, de services publics, de logements dignes et accessibles, de profs devant les élèves, de moins d’élèves par classe, d’accès à la culture, à la santé, de financements pour les associations et les centres sociaux. Tout ce que ce gouvernement (comme les précédents) ne fait pas », a pour sa part commenté la députée LFI Nathalie Oziol, qui a décidé de sécher le rendez-vous, pourtant sur ses terres d’élection.
Les habitants de la Mosson n’étaient pas très nombreux, non plus, pour accueillir les représentants du gouvernement. Pour la plupart, c’était jour de fête pour célébrer l’Aïd el-Kébir.
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