
A cinq mois des élections municipales de 2026, l’association des maires de France dans la Loire a tenu son congrès à Andrézieux-Bouthéon vendredi 17 octobre. Le président de l’AMF 42, Yves Nicolin, ne constate pas de crises des vocations de maires.
ICI Saint-Étienne Loire : Vous représentez à la mairie de Roanne pour un quatrième mandat, le troisième d’affilée, est-ce que vous avez hésité à vous représenter ?Yves Nicolin, président de l’association des maires de France dans la Loire et maire de Roanne : Vous savez, on hésite toujours, parce que ce n’est pas une obligation, d’abord pour soi-même, et puis, c’est quand même un mandat qui est très prenant, qui est très engageant, qui nécessite beaucoup d’implication, et donc on hésite forcément. Puis on en parle à ses proches, à son épouse, à sa famille, et puis cette discussion aussi avec les élus qui nous entourent, le conseil municipal, la majorité, et c’est une décision qui est prise collectivement.Qu’est-ce qu’un élu peut encore apporter après plusieurs mandats à sa commune ? Il y a encore des projets après trois mandats ?Oui, bien sûr, vous savez, on a toujours des projets jusqu’à la fin de sa vie, et donc quand on est élu municipal, si on aime sa commune, si on a envie d’améliorer le quotidien de ses administrés, bien sûr qu’on a des projets. Puis ces projets, ils ne viennent pas seulement du candidat, du maire ou des adjoints, ils viennent aussi de la population, des rencontres qu’on peut avoir. Ce matin, par exemple, j’ai reçu un mail d’un jeune qui me parlait d’un problème dans la commune, un problème de stationnement, et qui va peut-être faire naître une réflexion qui va aboutir à un projet pour améliorer ces choses. Donc les projets, ça ne manque pas. Après, ce qu’il faut, c’est arriver à sélectionner ces projets, les chiffrer, voir combien ça coûte, est-ce qu’on a les moyens de les réaliser et dans quelles conditions on va les réaliser.Plus largement dans le département, comment vont vos collègues maires après ce mandat 2020-2026 qui avait commencé sur les chapeaux de roue, on se rappelle, en pleine épidémie de Covid 19?Je dirais un petit peu, à l’instar de ce qui a été dit dans la rubrique précédente, « ils n’ont pas forcément bien le goût ». Et c’est sûr que beaucoup de complexités se sont amoncelées tout au long de ce mandat. D’abord, on a commencé le mandat, comme vous l’avez dit, avec le Covid, on a quasiment perdu deux ans parce qu’il a fallu mettre en place les choses avec du retard, on a rencontré des problèmes de financement, il y a les problèmes politiques nationaux, internationaux, on a subi la crise énergétique. On a subi la crise également hydrique dans ce département. Donc c’est vrai qu’il y a beaucoup de nuages qui se sont amoncelés, mais on constate quand même que les maires, pour certains en tout cas, ont envie de continuer leur mandat. Aujourd’hui, on a à peu près un quart des maires sur les 320 qui existent. qui ont annoncé s’ils repartaient ou pas. Et sur ce quart, environ la moitié, grosso modo, ont dit qu’ils étaient prêts à refaire un nouveau mandat. C’est à peu près semblable à ce qui s’était passé en 2019 pour les élections de 2020. Donc il n’y a pas, je pense, de grand décrochage.Il n’y a pas de perte de vocation ?Alors, il y a des pertes de vocation, il y a des gens qui arrêtent pour des questions d’âge, des questions de maladie, des changements professionnels, mais il y a des nouvelles vocations qui arrivent. Vous savez, quand vous êtes maire, vous n’êtes pas tout seul, vous avez autour de vous des adjoints, des conseillers municipaux, délégués, et parmi ces gens-là, il y a des gens qui prennent le relais, et donc c’est des vocations qui naissent, bien évidemment.Est-ce que vous voyez parmi ces vocations qui naissent de nouveaux profils apparaître? On a souvent l’image dans nos mairies d’un homme, qui a plus de 50 ans, est-ce que ces profils-là évoluent dans la Loire ?Alors il évolue certainement. Maintenant on ne tient pas de statistiques particulières, mais c’est vrai que ça a beaucoup changé en 30 ans à une époque, notamment dans les petites communes, c’était soit un agriculteur, soit l’instituteur qui était également le maire du village. Aujourd’hui on a beaucoup de retraités parce qu’ils ont davantage de temps à consacrer à leur commune, et puis on a quand même heureusement des gens qui sont actifs, qui travaillent, mais qui du coup ont vraiment besoin de certaines disponibilités. Nous avons aussi des femmes, puisque pour la première fois avec le mandat qui arrive il y aura une obligation de parité dans toutes les communes. La loi a changé, maintenant, toutes les communes, quelle que soit leur taille, vont devoir présenter des équipes avec la parité obligatoire. Donc ce n’est pas facile dans certaines communes de pouvoir trouver autant de femmes que d’hommes, non pas qu’on n’en veuille pas. Mais il faut trouver des femmes qui souvent travaillent, ont une charge de famille, sont peut-être déjà engagées dans une association et à qui on va en plus demander un engagement pour la commune, et donc c’est pas toujours simple, mais on en trouve quand même.L’Assemblée nationale entame aujourd’hui l’examen du projet de budget de l’État, on sait que ça va être un budget tourné vers l’économie, voire l’austérité, est-ce que vous craignez qu’on demande encore des efforts aux collectivités ?Le projet de budget qui a été présenté par le gouvernement, pour les communes, est complètement inique, on va nous demander des efforts que nous sommes prêts à faire des efforts, comme chaque Français. A un moment donné, il faut qu’il soit proportionné, et lorsqu’on va par exemple doubler ce qu’on appelle le dilico, c’est-à-dire les communes, qui sont mieux gérés que d’autres, qui ont plus de moyens que d’autres, on va leur prélever dans leur portefeuille. C’est comme si quelqu’un lui disait, ben monsieur, vous touchez 2000 euros de salaire, on va vous prendre 500 euros. Eh bien c’est ce qui va se passer pour des communes. On a aussi des propositions qui sont faites par le gouvernement et qui vont appauvrir les communes et par conséquent, vont faire en sorte que nous allons moins pouvoir nous moderniser sur le mandat prochain. Et ça va être au détriment des services rendus aux administrés, de l’entretien de la voirie, de l’entretien de l’éclairage, des espaces verts qui vont être effectivement disposés de moins d’argent.
