« Les scientifiques nous disent les faits. Notre responsabilité d’élus c’est de les écouter » : face au réchauffement climatique, l’appel au changement dans l’Aude d …

, « Les scientifiques nous disent les faits. Notre responsabilité d’élus c’est de les écouter » : face au réchauffement climatique, l’appel au changement dans l’Aude d …

Maire de Trèbes, président de l’association des maires de l’Aude et du syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (Smmar), Eric Menassi appelle à « arrêter de raisonner dans un climat qui n’existe déjà plus et qui n’existera plus avant longtemps ». Et affiche l’ambition d’une réaction collective dans le département.

Quel est votre regard sur le contexte de cet été 2025, entre canicule et incendie dans les Corbières ?

Depuis que David Lisnard (président de l’association des maires de France, Ndlr) m’a confié la coprésidence d’un groupe de travail sur la prévention des risques et la gestion des crises, j’ai pu rencontrer de nombreux acteurs, notamment des scientifiques, et échanger sur l’impact du réchauffement climatique en zone méditerranéenne. Il se traduit par une vulnérabilité extrême et un enchaînement de gestion de crises, avec les inondations, la sécheresse, les feux de forêts, qui ont des conséquences économiques, sociales et environnementales désormais insupportables pour notre territoire. J’entends une petite musique qui alimenterait le doute, s’appuyant sur le fait que l’incendie des Corbières est d’origine criminelle. Sans doute. Et alors ? Cela ne change pas le fait que depuis 30 ans les scientifiques nous disent que le changement climatique est structurel et qu’il va s’intensifier tant qu’on continuera à ajouter du CO2 dans l’atmosphère.

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Pourquoi les événements vécus devraient changer le regard porté sur le réchauffement climatique ?

Nous vivons dans une région qui s’est adaptée pendant des siècles à un climat fait d’extrêmes, entre orages violents, sécheresses estivales et chaleur. Mais le réchauffement dope ces événements, plus fréquents, plus longs et plus intenses. Nous faisons face à une exposition et une vulnérabilité qui a augmenté dans les 40 dernières années, pour de multiples raisons : on a construit où il ne fallait pas ; l’agriculture a laissé la place à des friches qui ne sont pas entretenues ; la population a vieilli et est moins mobile. Et le changement climatique va se poursuivre. On en est juste à + 1,3 °C, et on nous annonce + 3 °C degré à la fin de ce siècle. Ce n’est pas tenable et c’est pour ça qu’on doit tout faire pour s’adapter en intégrant le fait qu’on doit réduire nos émissions et protéger la biodiversité.

Avant d’évoquer ce changement, l’heure est à l’urgence pour le territoire touché par l’incendie. Comment percevez-vous la réaction dans les Corbières ?

La capacité à réagir a été exceptionnelle, les pompiers ont été exceptionnels. Les maires ont été admirables. J’ai ressenti la même détresse chez eux que parmi les maires touchés par les inondations en 2018. De la colère, aussi, mais pas de renoncement. Pour revenir aux pompiers, bien sûr que le sujet des moyens supplémentaires est un vrai sujet. Mais on parle là de curatif. Le sujet du réchauffement climatique dépasse ça : c’est le préventif. Sinon, les solutions apportées n’en seront pas et aggraveront le mal. Magali Reghezza-Zitt, géographe et ancienne membre du Haut conseil pour le climat, le dit : « On court après les crises et on ne va pas les rattraper. » C’est pour ça que l’on doit une réponse concrète et politique très forte, et bien sûr collective. Ce serait une erreur si on ne participait pas au changement.

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Par quels changements passerait cette action au niveau du département de l’Aude ?

Mais les solutions, les réponses, on les connaît. Entretenir les forêts, restaurer les zones humides, déplacer les maisons trop exposées, stocker l’eau de pluie au niveau des maisons et les rendre autonomes en énergie, rénover globalement pour lutter contre la chaleur, renaturer les cours d’eau et les entretenir, créer des retenues collinaires quand c’est possible, planter de nouvelles essences et de nouvelles variétés, cultiver autrement pour protéger les sols et les insectes qui aident à cultiver, développer et rendre possible le pastoralisme, développer l’éolien et le solaire… Le cœur du problème, c’est de consacrer plus d’effort au préventif et à l’aménagement du territoire.

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On doit arrêter de raisonner dans un climat qui n’existe déjà plus et qui n’existera plus avant longtemps. On doit arrêter de proposer des solutions qui ont pu marcher dans le passé mais qui sont désormais totalement archaïques et anachroniques. Les scientifiques ne font pas de la politique et par définition, les politiques ne sont pas des scientifiques. Les scientifiques nous disent les faits. Notre responsabilité d’élus c’est de les écouter. Ils nous disent quoi ? Ils nous disent que la situation est grave, mais qu’on a encore les moyens d’empêcher la catastrophe et que contrairement à ce qu’on raconte, ça apporte du mieux : meilleure alimentation, meilleure santé, meilleur logement. C’est moins de bruit, de pollution, de stress, c’est de l’emploi, non délocalisable, avec ses métiers qui ont du sens, des services, du lien social.

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