, [Tribune] Élus locaux : notre démocratie leur doit tant

[Tribune] Élus locaux : notre démocratie leur doit tant

, [Tribune] Élus locaux : notre démocratie leur doit tant

Selon les données du ministère de l’intérieur, près de 2 265 atteintes aux élus ont été recensées en France en 2022 – soit une augmentation de 32 % par rapport à 2021. Pour les neuf premiers mois de 2023, ce ne sont pas moins de 2 387 faits qui ont été comptabilisés, ce qui pourrait signifier une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente.

Derrière ces chiffres, des évènements traumatisants ont émaillé l’actualité récente, entre l’incendie criminel du domicile du maire de Saint-Brévin-les-Pins et l’attaque à la voiture bélier contre celui du maire de L’Haÿ-les- Roses. Si la majorité des Français – c’est le cas de 57 % d’entre eux, selon un sondage Cevipof de février 2023 – aime leur maire, une autre partie de plus en plus significative n’hésite plus à leur porter atteinte.

« À portée de baffe », les élus locaux jettent l’éponge : environ 72 % des maires n’ont pas souhaité se représenter en 2020 et près de 13 000 élus municipaux ont démissionné depuis cette date. Or, la multiplication des mouvements sociaux, la dégradation de la santé mentale depuis le covid-19 et la crise de l’autorité en France, en plus d’expliquer en partie ce phénomène de violences et les renoncements qui s’ensuivent, risquent de les aggraver dans les années qui viennent. Il y a donc urgence.

« Cette loi doit donc être une première étape. D’un long chemin qui doit mener à la revalorisation d’une mission qui structure aussi bien nos territoires que l’avenir de notre démocratie. »

En effet, une telle tendance, inacceptable d’un point de vue humain, risque aussi d’avoir des conséquences politiques qui ne peuvent nous laisser insensibles : cette crise des vocations pourrait mettre, à terme, notre démocratie en danger. Car sans ses « soldats » – comment désigner autrement des élus locaux qui sacrifient parfois leur vie professionnelle et familiale pour faire vivre notre régime ? -, et alors que les Français exigent plus de proximité de la part des pouvoirs publics, notre vie démocratique pourrait prendre les allures d’un oxymore. Les mesures adoptées par le Parlement pour les protéger sont donc salutaires. Elles ne suffiront toutefois pas. D’abord parce qu’elles ne résoudront pas ce problème de vocation : on ne s’engage pas en politique pour bénéficier de la même protection que les forces de l’ordre. Ensuite parce qu’elles disent peu de ce que la France doit à ses élus locaux : de par leur implication au plus près des failles de notre société, ils sont souvent un rempart à l’explosion sociale. Enfin parce qu’elles trouveront leur limite face à la crise d’autorité que connaît notre pays : ces élus continueront à être les victimes de la banalisation de la violence et de la remise en cause de toute forme de légitimité.

Cette loi doit donc être une première étape. D’un long chemin qui doit mener à la revalorisation d’une mission qui structure aussi bien nos territoires que l’avenir de notre démocratie. À ce titre, il est heureux qu’une proposition de loi portant réforme du statut de l’élu local ait été déposée récemment. Elle devrait permettre d’ouvrir de nouveaux droits aux élus locaux, de faciliter l’exercice de leur mandat et ainsi de susciter des vocations. Il est impératif qu’elle s’accompagne désormais d’une plus grande considération à leur égard – à travers notamment le « nouveau chapitre de décentralisation » ouvert par le pouvoir exécutif – et d’un choc d’autorité dont l’élu local pourrait être le premier garant.

Nous avons le plaisir de vous relayer cet article sur la formation des élus. Se former est une nécessité pour exercer pleinement ses responsabilités et répondre aux défis de l’action publique. C’est dans cet esprit que formation-des-elus.cdcl.fr a été créé : une association fondée et gérée par des élus, dédiée à l’accompagnement et au développement des compétences des représentants locaux. Grâce à des formations animées par des experts reconnus, nous apportons aux élus des outils concrets et adaptés à leurs missions, afin de renforcer l’efficacité et la qualité du service public.