« Une démographique qui s’affaisse »

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l’essentiel Maire de Trèbes et président de l’association des maires de l’Aude (AMA), Eric Menassi livre sa lecture des derniers chiffres de l’Insee sur les populations qui entreront en vigueur au 1er janvier 2026. Un sujet que l’élu relie à la question de l’attractivité des territoires.

Quelle importance ces données de l’Insee ont-elles pour les maires ?

Ce sont des chiffres qui peuvent être l’occasion de deux lectures.

Pour les communes qui gagnent des habitants, on peut considérer que ces données de l’Insee reflètent le dynamisme d’une ville ou d’un village : ça renvoie un signe positif, et c’est sans doute une plus-value dans l’affichage ou la communication que peut en faire une commune. Et il y a une 2e lecture plus terre à terre, puisque cette population municipale conditionne les aides de l’Etat.

L’Aude continue de voir sa population croître. Mais elle le doit au solde migratoire, pas au solde naturel, qui recule. Comment considérez-vous cette problématique ?

Nous faisons face, et ce n’est pas propre à l’Aude, à une démographie qui s’affaisse, avec un vieillissement de la population. Le renouvellement de la population est négatif. On le voit, il y a de moins en moins d’enfants dans les communes, et ça se traduit notamment sur le sujet de l’Education nationale : de plus en plus de classe ferment, on voit de plus en plus de regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI). Et parallèlement à ça, les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses. Ce constat pose des questions pour les communes, qui doivent aussi réfléchir dans leur urbanisme à des investissements qui tiennent compte du parcours résidentiel de fin de vie : cela commence par le maintien à domicile, puis dans des résidences autonomie, et enfin avec les établissements d’hébergements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Vous le disiez, le nombre d’habitants conditionne certaines aides de l’Etat, notamment la dotation globale de fonctionnement. Mais des maires peuvent-ils être tentés de se fixer une limite dans la croissance de leur commune ?

Bien sûr que ça peut arriver qu’un maire fasse ce choix. Et il y a aujourd’hui de telles contraintes environnementales, avec la nécessité d’arrêter de consommer des espaces agricoles ou naturels, que la capacité à urbaniser est de toute façon contrainte.

A Trèbes (5 361 habitants selon l’Insee, Ndlr), nous avons perdu des habitants après les inondations de 2018, et nous commençons à en gagner à nouveau. Mais nous nous sommes fixé le seuil de 6 000 à 6 500 habitants : c’est une limite qui est réfléchie en fonction de questions comme la mobilité, la sécurité.

A l’inverse, quels sont les outils à la main des maires pour gagner des habitants ?

Les territoires font tout pour être attractifs. Cela passe par de l’amélioration de l’urbanisme, avec la lutte contre l’habitat indigne, la lutte contre la paupérisation des centres anciens.

C’est d’ailleurs une voie qu’explorent aujourd’hui beaucoup de communes, pour avoir la capacité d’offrir du logement quand on manque de foncier.

Vous évoquiez la question de la prise en charge des personnes âgées. Quel lien faites-vous entre la difficulté de très petites communes à conserver leurs habitants et la désertification médicale ?

On voit fleurir des maisons médicales aux quatre coins du territoire. C’est une bonne chose, évidemment. Mais le travail de toutes les collectivités, si, dans ces maisons, on n’a pas de médecin, cela ne changera rien. Et bien sûr qu’attirer les professions médicales ça peut déclencher une surenchère entre collectivités.

A Trèbes, j’y reviens, nous avons réhabilité des logements qui étaient autrefois occupés par les directeurs des écoles. Ce sont des logements avec des loyers très modestes qui sont mis à disposition des internes qui travaillent à Carcassonne. Dans notre ville, il y avait dix médecins généralistes en 2014 ; aujourd’hui, on a une moyenne d’âge qui dépasse les 65 ans. C’est forcément un sujet majeur pour les communes et leur attractivité.

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