Présidentielle 2027 : « Ce qui m’intéresse, c’est de faire gagner le pays, je m’y prépare », confie David Lisnard

, Présidentielle 2027 : « Ce qui m’intéresse, c’est de faire gagner le pays, je m’y prépare », confie David Lisnard

David Lisnard, membre des Républicains, fondateur du parti Nouvelle énergie, président de l’Association des maires de France et lui-même maire de Cannes, était en déplacement à Montpellier ce jeudi 5 juin.

C’est sous sa casquette de fondateur du mouvement politique Nouvelle énergie que le maire de Cannes Les Républicains et président de l’Association des maires de France, David Lisnard, est passé ce jeudi 5 juin par Montpellier. Une journée au cours de laquelle il a accordé une grosse heure d’entretien à bâtons rompus à Midi Libre. Pour évoquer la présidentielle et les municipales, les raisons de sa visite à Montpellier et son estime pour son maire, les inquiétudes des maires et son positionnement à droite. Entre autres, et après avoir aussi avoué sa passion pour la musique, née avec le punk, les Clash, les Stranglers, ou Iggy Pop. Non ? Si.

Pourquoi ce déplacement aujourd’hui ? C’est le président de Nouvelle énergie qui se déplace, pas le président de l’Association des maires de France ?

Effectivement, je suis venu à plusieurs reprises à Montpellier par mes fonctions de président de l’AMF. Pour des choses plus politiques, aujourd’hui, c’est vraiment un déplacement du citoyen engagé, président de Nouvelle énergie, qui essaie d’apporter une proposition politique claire avec un projet articulé autour de la prospérité par la liberté, de la sécurité, de l’ordre au service de la liberté et l’unité de la nation. Prospérité, sécurité, unité, qui sont les trois axes de ce que l’on essaie de développer.

Et cette visite s’est faite autour d’une invitation que j’avais reçue d’une association locale qui s’appelle le Cercle Mozart, qui, depuis deux ans, me faisait la courtoisie de vouloir m’inviter. Et ça s’inscrit aussi dans une actualité pour moi qui est celle de mon livre Ainsi va la France, puisqu’il y aura une signature. Est prévue également une rencontre avec des relais Nouvelle énergie. Et puis en arrivant ce matin, je suis allé faire visite de courtoisie au maire de Montpellier.

Une visite républicaine au maire de Montpellier, Michaël Delafosse ?

Oui. Je l’avais prévenu que je venais à Montpellier pour une réunion politique. Il m’a dit de passer le saluer, ce que j’ai fait volontiers. Et ça s’est très bien passé, comme toujours dans nos relations. On s’entend bien. On a des convictions politiques nationales qui divergent sur certains points. Il est socialiste, je suis classé à droite. Et il est nécessaire de retrouver des confrontations civilisées, raisonnables, de projets, de principes, et de visions.

Donc lui, c’est quelqu’un qui est socialiste, keynésien. Moi, j’ai une approche qui consiste à penser que l’extension du domaine de l’État a affaibli la puissance publique. On est d’accord tous les deux sur l’affaiblissement de la puissance publique. Et parmi les points aussi qui nous rapprochent, on est maire. Il est dans les instances de l’AMF. Et nous travaillons de façon transpartisane. Et puis il fait partie d’une gauche que j’apprécie, qui est une gauche républicaine attachée à l’ordre. On est tous les deux attachés à l’universalisme républicain. Le fait qu’il soit autant attaqué par l’extrême-gauche est aussi un gage de sympathie à mes yeux.

Ce déplacement à Montpellier est axé principalement sur le thème de la sécurité ?

À chaque déplacement, j’essaie d’avoir une thématique, parce que moi, j’essaie de m’enrichir aussi des rencontres que je fais. Tout à l’heure (hier jeudi, NDLR), j’irai visiter le dispositif SAS, qui est cette porte de sortie de la prison, si je suis bien. Et moi, ce qui m’intéresse, c’est de parler, mais aussi d’écouter et de nourrir des expériences, des rencontres que je fais. Pour essayer de ne pas fossiliser la proposition politique. Rien de pire que cela. On voit ce que ça donne, d’ailleurs, au pouvoir.

Avec le maire de Montpellier, on s’entend bien […]. Le fait qu’il soit autant attaqué par l’extrême-gauche est aussi un gage de sympathie à mes yeux.

À Montpellier, pour ce déplacement, il s’agit donc d’un thème qui est au cœur de l’action publique. Et pour moi, la finalité de l’action collective, de l’action publique, c’est la justice. On accepte tout dans la vie, sauf l’injustice. Car il n’y a pas de dignité sans liberté et justice. Mais aujourd’hui, le laxisme sécuritaire est devenu liberticide.

Êtes-vous en phase avec les dernières déclarations de Gérald Darmanin, sur la suppression du sursis notamment, sur les peines planchers ?

Les déclarations de Gérald Darmanin semblent en phase avec ce que je peux dire depuis des années. Mais je ne commente plus les déclarations, de ceux qui ont démontré leur impuissance dans l’exercice du pouvoir. Donc, je me réjouis de certaines déclarations, mais aujourd’hui, je me méfie beaucoup de l’exagération des déclarations qui sont proportionnelles à l’impuissance ou à l’inaction. Très souvent, la grandiloquence est proportionnelle à l’impuissance. Et on essaie de compenser par des mots, ce que l’on ne pratique plus. Et c’est ce qui ouvre la voie aux extrêmes. Démontrer qu’une démocratie fonctionne et sauver la démocratie, c’est démontrer qu’elle est aussi capable d’exécution. Le mot « exécution » est très important. C’est très vrai en entreprise. Et en politique, on l’entend très peu.

La vie politique depuis une quarantaine d’années a manqué à la fois de vision et de sens du pratique.

On entend toujours des séquences, des annonces, des plans. Puis on ne s’interroge plus ensuite sur le suivi et l’exécution. Et en l’occurrence, cette impuissance publique, elle se traduit notamment dans le domaine régalien. La France a le record du monde incontesté de la dépense publique. On est à 57 % de la richesse produite. On a le record du monde des prélèvements obligatoires. On est passé devant le Danemark. Et parallèlement, je vois une déliquescence régalienne. Je la vois à l’hôpital public. Des fonctionnaires bien formés, honnêtes, mal payés, qui coûtent plus cher à la nation qu’ailleurs, qui gagnent moins qu’ailleurs, parce qu’il y a toute cette impuissance publique qui s’est mise en œuvre, cette surréglementation, cette surbureaucratisation.

Dans des tribunes, des livres, lors de vos déplacements, vous développez ces thématiques. Est-ce que tout cela préfigure un projet pour la présidentielle de 2027 ?

Oui.

Vous serez candidat à la présidentielle ?

Je vais développer un peu. Il ne s’agit pas d’être dans le domaine des envies. Ce qu’il faut, c’est être dans le domaine de l’utilité, de la capacité. C’est-à-dire avoir une proposition qui soit cohérente, parce que tout est interactif. Parler de sécurité, c’est aussi parler d’instruction, d’éducation, d’aménagement du territoire, d’immigration.

L’enjeu, c’est de recréer un sursaut civique, de recréer de la confiance, qu’on accepte de ne pas être d’accord avec quelqu’un, mais qu’on respecte l’autre, qu’on puisse avoir des alternatives, des alternances, qu’on puisse avoir des choses évaluables. Enfin bref, d’avoir à la fois une vision avec des principes et à la fois du pragmatisme. Or, la vie politique depuis une quarantaine d’années, elle a manqué à la fois de vision et de sens du pratique.

Votre projet va dans ce sens ?

Il me semble que le projet sur lequel je travaille depuis longtemps, qui est une confrontation permanente de ce que je constate sur le terrain, de ce que je vis comme maire, de ce que j’ai vécu en entreprise, de ce que je veux, me paraît en phase avec les besoins du pays. Il y a un déclassement rapide du pays. Le plus grave, c’est le déclassement éducatif. Ça, c’est la base. Il y a aussi un problème démographique, il y a le défi écologique colossal, le défi économique, comment recréer de la richesse. Aujourd’hui, on n’est pas en déclin, mais on est en déclin relatif. Comment créer de la prospérité ? Et puis, bien sûr, l’effondrement sécuritaire qui est un vrai problème.

Edouard Philippe, je ne pense pas qu’il soit à droite.

Face à cela, j’arrive avec un projet et des objectifs. Dire que la France doit redevenir une superpuissance éducative et scientifique en cinq ans. Et voilà comment on peut le faire. La France doit être l’un des pays d’Europe les plus sûrs, alors qu’aujourd’hui, on est en train de sombrer dans l’un des pays les moins sûrs. Voilà comment on peut le faire sur le plan des moyens, sur le plan du droit, etc. Bref, face à cette proposition-là, je veux l’amener dans le débat.

Vous porterez ce projet, vous l’incarnerez, en 2027 ? Vous serez candidat ?

Je travaille. Les gens qui ont la science infuse, qui sont capables de dire « Je peux être ministre ou être président », bravo à eux. Mais il faut être capable d’entraîner, d’emmener. C’est ce que j’essaie de faire avec Nouvelle énergie. Donc mon ambition, très clair, c’est de faire gagner ce projet sécuritaire, libéral, éducatif le plus vite possible.

La « tyrannie woke », selon David Lisnard

David Lisnard avait évoqué dans un passé récent un projet d’« aide aux victimes de la tyrannie woke ». Sur lequel il a accepté de revenir ce jeudi : « Cela avait suscité beaucoup d’ironie chez ceux qui disent que le wokisme n’existe pas mais qui l’alimentent tous les jours. Depuis que j’ai dit ça, on a vu d’ailleurs des expressions de cet indigénisme, du racialisme, etc., de ce néoracisme qui consiste à penser que l’individu n’est pas responsable individuellement de ses actes mais qu’il serait responsable parce que, par exemple, il est occidental, ou parce qu’il est homme, ou parce qu’il a plus de 50 ans, ou parce qu’il y aura un racisme systémique. »

Et d’estimer que s’il « faut condamner les actes individuels de discrimination, de racisme, de harcèlement, qui sont abjects », il ne faut pas « pour cela, éliminer les principes de base de l’état de droit, c’est-à-dire le contradictoire, la présomption d’innocence, la réalité factuelle, etc. Il faut déconstruire la déconstruction ».

Par exemple, j’ai soutenu Bruno Retailleau à la présidence de LR. Je n’ai pas demandé un poste, ni un titre. On a travaillé sur le fond. Et on a produit un communiqué commun où il s’engageait, s’il était élu, à reprendre la retraite par capitalisation obligatoire, à prendre mon projet de déréglementation pour oxygéner la prise de décision en France, à reprendre des idées sur la libération de l’école et mon projet éducatif. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de faire gagner le pays. Est-ce que je serai, moi, capable, politiquement, d’incarner cela ? Je ne sais pas. Mais je me prépare pour. Et puis les gens choisissent.

Via une primaire à droite ?

Cela ne pourra passer que par une compétition avant la présidentielle. Mais il faut éviter le travers de la division qui fait perdre les élections, et la compromission du projet qui, ensuite, fait perdre le pays.

Il n’y a pas de candidat naturel à droite pour le moment ? Bruno Retailleau ? Edouard Philippe ?

Il n’y a aucun candidat naturel à droite. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Nicolas Dupont-Aignan, Sarah Knafo, Laurent Wauquiez… Bruno Retailleau, candidat naturel ? Pourquoi pas ? Ce qui est sûr, c’est que depuis sa victoire à la présidence de LR, il est devenu pour moi un présidentiable. C’est quelqu’un que je respecte profondément. C’est une évidence qu’il est un présidentiable, mais il n’est pas le candidat naturel… Je ne pense pas non plus qu’Édouard Philippe soit un candidat naturel. Édouard Philippe, je ne pense pas qu’il soit à droite tout court. Mais c’est quelqu’un de respectable, personnellement. Mais qui, pour moi, est très étatiste. On est différents.

Il y a l’insécurité réputationnelle. Pour moi, c’est pire. Un abruti qui fait un amalgame, qui met sur les réseaux que vous avez triché alors que c’est faux, et puis vous êtes sali.

Pour les élections municipales 2026, pensez-vous que les Républicains doivent nouer des alliances avec Horizons, le MoDem, ou Renaissance ?

Pour moi, il ne faut aucune alliance nationale sur les municipales. Voilà. C’est-à-dire que les municipales, ce ne sont que des contrats locaux. Mais j’ai toujours fait ça. La municipale, c’est avant tout une élection locale. Moi, j’ai été élu maire de Cannes. J’ai toujours un engagement très très clair sur le plan politique. Mais le MoDem, à qui je n’ai rien demandé m’a soutenu. Mais je n’ai pas négocié des places sur ma liste. Je pense qu’il faut laisser les partis politiques désigner des chefs de file locaux. Ça, c’est tout à fait logique. Mais ensuite, il faut laisser faire l’alchimie locale, quoi.

Quel est le ressenti général des maires à neuf mois des élections ?

Il y a des éléments qu’on a objectivés avec le Cevipov, le centre de recherche des sciences publiques, avec qui l’AMF fait chaque année une étude. Que constate-t-on ? Qu’aujourd’hui, il y a 41 maires qui démissionnent en moyenne par mois en France. C’est la moyenne depuis trois ans. C’est le double de la décennie précédente. On retrouve les mêmes proportions pour les conseils musicaux et les états univers. Donc il y a un sujet.

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Nos motifs de découragement, ce qui ressort en premier ? La difficulté croissante à agir, c’est-à-dire la différence entre l’attente locale de l’habitant et la capacité d’action. Elle est de plus en plus entravée. Tous les maires de gauche, de droite, d’extrême-gauche, de droite, du centre, vous le diront. En première source de démotivation, il y a la difficulté d’agir, difficulté juridique, difficulté financière, budgétaire, et surtout la déresponsabilisation.

Et les agressions, verbales, physiques ?

Il y a l’insécurité physique ou réputationnelle. Pour moi, c’est pire. Un abruti qui fait un amalgame, qui met sur les réseaux que vous avez triché alors que c’est faux, et puis vous êtes sali. Vous ne répondez pas ? C’est que vous êtes coupable. Vous répondez ? Vous faites exister le truc. Donc il n’y a rien de pire que ça. J’ai plein de témoignages de maires qui n’en peuvent plus de ça. Ou de l’insécurité, de la menace, de l’agression. On a encore plein de cas aujourd’hui. Donc il y a eu en trois ans 51 % d’augmentation d’effet d’agression sur les élus locaux.

 

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