« On voit les villages péricliter » : président de l’association des maires ruraux dans l’Aude, Jean-Jacques Marty s’inquiète pour l’attractivité du monde rural

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Président de l’association des maires ruraux de France (AMRF) dans l’Aude et maire de Saint-Ferriol, Jean-Jacques Marty voit dans les derniers chiffres du recensement livrés par l’Insee l’illustration des difficultés auxquelles font face les villages et le milieu rural.

Cette publication par l’Insee des données des populations est-elle un moment attendue par les maires ?

Ce sont des chiffres qui étaient attendus cette année, notamment dans la perspective des municipales (les 15 et 22 mars 2026, Ndlr), puisque la population est un facteur qui peut changer certaines choses, notamment le nombre d’élus au sein du conseil municipal. Sans oublier les communes de moins de 1 000 habitants qui doivent désormais appliquer le scrutin de liste paritaire. Mais c’est aussi une publication qui suscite de l’inquiétude, puisque ce nombre d’habitants va définir le niveau de la dotation globale de fonctionnement qui sera allouée par l’Etat.

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Les communes de plus de 1 000 habitants sont proportionnellement plus nombreuses à gagner des habitants que les plus petits villages. Que dites-vous de ce constat ?

On voit les villages péricliter. C’est en partie lié au phénomène de vieillissement, qui existe au niveau national. Mais si les villages se dépeuplent, les déserts médicaux y contribuent pour beaucoup : les gens préfèrent se rapprocher des villes, pour avoir accès aux soins ; sans oublier que le maintien à domicile devient très compliqué en milieu rural pour les personnes les plus âgées. Et les professionnels sont aussi en difficulté : la pharmacie du Pays de Sault est la seule sur tout le secteur ; mais c’est une officine qui a un vivier de 1 200 patients, c’est difficilement viable.

La question de la santé est primordiale. Mais d’autres sujets peuvent-ils expliquer cette tendance ?

Des services publics, nous n’en avons plus beaucoup. L’école est souvent celui qui reste, d’ailleurs de plus en plus avec des regroupements pédagogiques intercommunaux. Les villages se sont développés et se développent autour de ça : et des parents ne vont pas venir s’installer dans une commune s’il y a 15 ou 20 minutes de voiture à faire pour amener leurs enfants à l’école.

Est-ce que les maires, notamment ruraux, ont les outils pour enrayer ces pertes d’habitants ?

C’est très compliqué. On a le sentiment que le phénomène des personnes âgées qui venaient s’installer dans nos villages pour y passer la retraite se tasse. Nous sommes dans un des cinq départements les plus pauvres de France, mais je pense quand même que nous avons quelques atouts, comme le tourisme. Mais l’attractivité des villages, elle passera par le développement économique : je sais bien qu’on ne fera pas venir des usines, mais il faut accompagner les entreprises pour qu’elles restent dans des secteurs ruraux. Je prends l’exemple de Nougalet, parti de Cuxac-d’Aude pour Trèbes : je veux bien entendre qu’il y avait une opportunité avec le plan de relance, mais il n’y a eu aucune contrepartie. Et pour la Haute Vallée de l’Aude, ça voulait dire 80 chômeurs.

Pourquoi la population est si importante pour les finances des communes

Dans son guide pratique sur la dotation globale de fonctionnement (DGF) édité en mars 2025, la direction générale des collectivités locales rappelle qu’avec son montant de plus de 27 milliards d’euros, la DGF, « avec ses différentes composantes », est bien la principale dotation de l’Etat aux collectivités locales. Elle représente en effet 15 % des recettes réelles de fonctionnement (RRF) pour les communes, et 18 pour les mêmes RRF pour les établissements publics de coopération intercommunales (EPCI). En 2025, le montant de la DGF versée aux seules communes s’élevait à 12,9 milliards d’euros, soit une aide moyenne de 175 € par habitant.

Rappelons que la DGF deds communes est composée d’un ensemble de dotations, avec la dotation forfaitaire et les dotations de péréquation, qui répondent aux différentes problématiques des communes (rurales, urbaines, d’outre-mer). Et si une trentaine de critères, du nombre d’enfants au potentiel financier en passant par la qualité de chef-lieu de canton, entrent en ligne de compte pour le calcul de la DGF à verser par l’Etat à chaque commune, la population est un élément majeur. Depuis 2015, les hausses ou baisses du nombre d’habitants par commune viennent chaque année majorer ou minorer la dotation forfaitaire pour un montant compris entre 64 et 129 € par habitant supplémentaire ou en moins.

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