
Alors que l’Assemblée nationale a voté une hausse des indemnités pour les élus locaux, de nombreux maires ariégeois dénoncent une mesure superficielle, loin des véritables urgences du terrain.
Hausse des indemnités, mais colère intacte. Le vote du 9 juillet à l’Assemblée nationale, qui prévoit une revalorisation de 100 à 200 euros nets mensuels pour les maires des petites communes, laisse les élus ariégeois largement sceptiques.
La mesure s’inscrit dans une proposition de loi « visant à renforcer la sécurité des élus locaux et à simplifier l’exercice de leur mandat », portée par le groupe Renaissance. Concrètement, les maires des communes de moins de 500 habitants pourront percevoir jusqu’à 1 900 euros bruts par mois, contre environ 1 300 aujourd’hui, selon leur échelon. Mais il ne s’agit pas d’un versement automatique : chaque commune reste libre de fixer le montant, selon ses finances. Autre nouveauté : une meilleure couverture juridique, avec un renforcement de la protection fonctionnelle des élus, et des mesures pour faciliter leur remplacement temporaire en cas d’empêchement.
« Ce qui m’inquiète, c’est ce que l’État va encore nous prendre l’an prochain »
Dans un département rural où les maires sont souvent seuls à bord, le geste est jugé insuffisant. « Ce n’est pas avec deux cents euros de plus qu’on va changer la donne », lâche le maire de Laroque-d’Olmes. Pour lui, cette hausse n’est qu’un artifice budgétaire, une réponse à côté du problème. « Encore une fois, c’est qu’une question de pognon. Ils n’ont pas compris que c’est le lien qu’il faut recréer. Ils déshumanisent tout. Ce qu’il faut, c’est de la considération, de la simplicité, et surtout, qu’on arrête d’asphyxier les élus avec des normes toujours plus absurdes ».
Huit ans d’attente pour débloquer un projet privé censé créer 70 emplois dans sa commune : le maire est amer, usé. « On vous envoie des lois que personne ne comprend, et derrière on vous dit : ‘Tenez, prenez deux cents euros’. » Dans le même esprit, Gilbert Lazaroo, maire de Biert, rappelle que les maires ne sont pas les seuls à porter la vie communale. « Qu’on pense un peu aux conseillers municipaux ! Ils sont sur le terrain, ils donnent de leur temps, et aujourd’hui, ils n’ont rien. »
« L’argent n’est pas le sujet »
À Biert, les indemnités sont partagées entre les élus. Une manière, dit-il, de reconnaître le travail de ceux qui, « hier soir encore, étaient bénévoles jusqu’à minuit pour organiser la fête du village ». Il regrette une vision trop centralisée et technocratique de l’action publique. « Ce matin encore, je suis monté seul inspecter une parcelle où des arbres menacent des habitations. Moi j’y vais certes, mais s’ils avaient eu un peu de reconnaissance, des conseillers municipaux auraient pu m’accompagner. »
Dominique Fourcade, maire d’Ax-les-Thermes, botte en touche : « Je ne me suis pas préoccupé de cette hausse, pour être franc. Ce qui m’inquiète, c’est ce que l’État va encore nous prendre l’an prochain ». Une manière de rappeler que la pression fiscale et la baisse des dotations pèsent plus lourd que quelques dizaines d’euros supplémentaires. « L’argent n’est pas le sujet. Le sujet, c’est la soutenabilité de notre action. »
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